Dans un schéma qui n'est pas sans rappeler celui de Molière, Ibsen nous donne à voir l'émancipation d'une femme. Ici, il ne s'agit pas d'une jeune fille sortant des griffes d'un barbon, mais d'une jeune épouse et mère s'affranchissant de la tutelle de son mari et plus encore de la société, sans qu'il y ait intervention d'un amant. C'est beau et c'est fort.
Pourtant, Ibsen ne pouvait qu'être de son époque, et les ressorts du drame bourgeois comme ceux du vaudeville sont bien visibles: reconnaissance de dette, réconciliations amoureuses, lettres recommandées remplissant la fonction jadis dévolue au "deus ex machina", tout cela a terriblement vieilli et pose de sacrés problèmes aux metteurs en scène d'aujourd'hui. Il n'empêche que, s'il fait des concessions au mélodrame, Ibsen s'en dégage plus qu"à(demi, et, sans retomber dans le romantisme, fait entendre la voix douloureuse, mais digne et inflexible, d'une liberté qui se cherche et en fait s'est déjà trouvée.
Au fait, où est-il, le Ibsen de notre époque? Il en aurait des choses à nous dire, pourtant...