Une minute de silence nous rappelle ces vers de Jean Follain (je cite de mémoire) "La moindre fêlure, d'une assiette ou d'un bol, peut nous ramener la félicité d'un grand souvenir ». Tout se passe dans un moment de recueillement à la cérémonie funéraire d'une jeune femme, professeur d'anglais, dans le silence à sa mémoire. Un jeune lycéen, qui a découvert le désir et l'amour avec elle, se remémore leur histoire avec le tact et la passion douce de sa propre jeunesse. Il se livre, à l'heure du bilan final, au travail des sentiments les plus sincères avec la ferveur et la réserve des émotions mêlées à la narration la plus simple de la rencontre vraie de leur deux coeurs en exil. Il n'y a ni larmoiement ni dramaturgie dans ce qu'il relate du secret d'une relation socialement inadmissible, mais dialogue et hommage de la déchirure pour respecter la beauté un moment partagée.
L'écriture de Lenz Siegfried est à la fois belle, douce et toute poétique. Dénuée d'effet de style pour rendre la vérité de l'engagement dans l'instant, l'auteur nous donne à vivre la pudeur de deux êtres, qui répondent certes à des motivations et des mobiles différents, mais se rencontrent dans la lumière de l'authenticité. Les préjugés sociaux vont à l'encontre de telles relations (encore davantage lorsqu'il s'agit d'une lycéenne), et ne les tolèrent que sous le couvert du secret, mais quels jugements portés sur l'alliance lucide et consciente des limites lorsque l'amour est au coeur même du respect de l'autre ...
A chacun sa réponse, elle ne saurait être que de principe ... Tout est beau dans ce roman...