Une autre femme (1988) pourrait être qualifié de film de chambre, comme il y a des pièces de musique de chambre. Film intimiste, mais au meilleur sens du terme, pas comme synonyme de nombriliste, mais comme celui d'une partition pour plusieurs instruments qui permet de mieux les entendre et d'apprendre à connaître leur timbre. La forme minimale et automnale du film correspond au récit, qui permet à un personnage de femme mûre et installée de se poser des questions d'ordre intime lorsqu'elle se rend compte qu'elle n'est pas considérée par son entourage de la façon dont elle pensait l'être.
Ce personnage est admirablement interprété par Gena Rowlands, loin de ses rôles énergiques chez John Cassavetes et pourtant parfaite dans son rôle de femme déstabilisée qui ne comprend que peu à peu que sa force est aussi sa faiblesse. Ce bouleversement intime, de même qu'il n'est pas surjoué par Gena Rowlands, n'est pas surdramatisé par Woody Allen, et il y a une forme de sérénité dans ce film qui rappelle que Tchekhov est un de ses maîtres (à qui il avait déjà rendu hommage, de façon sans doute plus évidente, dans
September). Un très beau film, court et pourtant assez dense, qui prouve que les films de la veine intimiste et "sérieuse" de Woody Allen ne sont en rien inférieurs aux autres. On pourrait même ajouter que leur connaissance est essentielle à qui veut appréhender l'auteur dans sa complexité et les variations de son talent. Dans le cas d'un auteur protéiforme comme Allen, cela semble une bonne idée.
Comme toujours dans ces éditions MGM des films d'Allen, une copie honnête (sans plus) et aucun supplément. Va-t-il falloir attendre qu'il soit mort et enterré depuis longtemps pour avoir droit à des éditions un peu plus dignes de ce nom? Allen ne souhaite pas ajouter quoi que ce soit aux films, ce qui se comprend, mais tout au moins pourrait-on faire un effort pour ce qui est du respect de l'image dans toutes ses composantes...
J'aimerais par ailleurs attirer l'attention sur les film précédents d'Allen:
Radio Days, très belle chronique issue de ses souvenirs d'enfance, qui n'est pas toujours connu ou reconnu à sa juste valeur;
September, tentative relativement réussie de faire du théâtre psychologique au cinéma; et bien sûr le très abouti
Hannah et ses soeurs. Voir mes commentaires sur chacun de ces trois films.
Rappelons qu'il existe deux livres indispensables pour les amateurs:
Woody Allen : Entretiens avec Stig Björkman et le recueil de textes et d'entretiens tirés de la revue Positif,
Woody Allen (voir mon commentaire).