Joseph Kessel assiste en 1934, deux ans avant la guerre civile en Espagne, au soulèvement de la province de Catalogne contre le pouvoir central madrilène ; les Catalans exprimant à nouveau leur rejet du rattachement à l'Espagne. Pris sous le feu de tireurs embusqués sous les toits, alors que la révolte vient d'être matée par l'armée et la Légion, l'auteur interroge un passant pour lui demander l'intérêt et l'identité de ces tireurs. Me passant, journaliste, lui répond qu'ils se battent pour la liberté et qu'ils savent que l'issue est fatale : ce sont des desperados.
1935, Kessel transcrit cette aventure dans "Une balle perdue", campant une poignée de personnages pris dans la tourmente de l'action et notamment du cireur de chaussures Alejandro, anarchiste, épris de Liberté, amoureux du genre humain, idéaliste bien sûr, à la très grande sensibilité humaniste.
La déception justement sur la nature humaine prompte à collaborer, à aller dans le sens du pouvoir le plus fort, déstabilise profondément les valeurs de ce jeune homme. Mais la camaraderie dans le combat - le dernier - ravive la flamme de l'espérance.
"Depuis deux jours, Alejandro ne croyait plus aux hommes. Et c'était son malheur. Tout à coup, il pouvait renouer avec eux.
C'était si simple. Il avait un camarade." (p.124)
Joseph Kessel écrit un magistral roman qui préfigure la force de son engagement militaire dans la France Libre et la Résistance. Quel magnifique livre, profond, humain, écrit avec style. Vraiment, il ne faut pas manquer un tel rendez-vous.