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La "grande citadelle de la Résistance en Belgique ? ", 2 juin 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Une cité si ardente... : Les Juifs de Liège sous l'Occupation (1940-1944) (1DVD) (Broché)
En nous confrontant à une page particulièrement sombre et douloureuse de l'histoire de notre ville, Thierry Rozenblum n'a pas seulement écrit un livre rare et bouleversant, il a aussi écrit un livre nécessaire. Un de ces livres dont la lecture ne nous laisse pas indemne, et qui peut, longuement, résonner en nous...
Pour raconter ce que fut le sort des Juifs de Liège sous l'occupation, Thierry Rozenblum a travaillé pendant près de 10 ans. Il a travaillé en enquêteur, d'abord. Les autorités communales lui avaient ouvert leurs archives, sans la moindre réserve : un geste rare et courageux qui mérite d'être souligné. Thierry Rozenblum a plongé dans les caves, arpenté les rayonnages, ouvert de lourds dossiers poussiéreux. Il a scanné les documents, les fiches d'identité, les registres, les photos, les circulaires administratives, les rapports de police.
Il a ainsi réuni une masse documentaire énorme, et de première main : encore fallait-il pouvoir l'analyser, l'interpréter, lui donner sens. L'irremplaçable travail de Maxime STEINBERG lui a fourni un cadre interprétatif. Le travail fut long, difficile et souvent épuisant, mais le résultat est stupéfiant. « Une cité si ardente » démonte, implacablement, le processus à travers lequel les Juifs de Liège ont été discriminés, spoliés et persécutés, avant d'être, pour un tiers d'entre eux, arrêtés et déportés vers les camps et les centres de mise à mort. Une conclusion s'impose, et elle est accablante pour les autorités communales de l'époque, et plus particulièrement pour celui qui était alors les bourgmestre de Liège : Joseph Bologne. Les Juifs de Liège ont été tragiquement abandonnés à leur sort par les pouvoirs publics, et cela, au moment même où ils avaient le plus grand besoin d'aide et de soutien. Les autorités communales liégeoises ont su, sur bien des points, résister aux Allemands. Mais, concernant les Juifs, elles ont tout accepté : la mise en aeuvre des ordonnances anti juives, l'établissement - totalement illégal - d'un registre des Juifs, et la livraison de ce registre aux Allemands, avec les noms, et les adresses...Telles sont les bases sur lesquelles les nazis, à partir de 1942, purent passer, à Liège, à la dernière phase de la « solution finale », celle de la mise à mort des Juifs. Ils étaient 2560 qui habitaient dans le « grand Liège » : 823 d'entre eux furent déportés - hommes, femmes et enfants - 728 n'ont pas survécu aux camps, et aux centres de mise à mort.
728 assassinats ont donc été commis, au terme d'un processus qui a commencé dans les bureaux, les administrations et les rues de notre ville. C'est cette vérité terrible que le livre de Thierry Rozenblum nous invite à penser, et à méditer, non sur le mode du réquisitoire, mais sur celui du questionnement.
« Une cité si ardente » réserve aussi la place qui leur revient de plein droit (et ici, en tout honneur) à celles et à ceux qui ont aidé les Juifs, dans un ample mouvement populaire de résistance civile. Enfin, le livre parle du courage des Juifs eux-mêmes, en racontant comment ils se sont très vite organisés pour échapper à la déportation, avec quelle pugnacité, quel esprit d'initiative et quelle force de vie...
Demeurent les noms et les visages des suppliciés, auxquels un très beau DVD rend aussi hommage. Ces 728 hommes, femmes et enfants de Liège, qui trouvèrent dans ces années noires « ce lieu de nous où toutes choses se dénouent », mais dans quelle détresse, dans quelle souffrance, et dans quel abandon glacé....
Robert Neys
STEINBERG Maxime, La Persécution des Juifs en Belgique (1940-1945), Bruxelles, Complexe, 2004.
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