Ian Rankin est considéré comme un des grands de la littérature policière anglaise. A juste titre. Ces livres ont pour décor Edimbourg, et pour héros, l'inspecteur John Rebus (à ne pas confondre avec l'inspecteur Resnick, amoureux de jazz et de chats, créé par l'auteur John Harvey). Rankin est aussi un fana de musique, lui-même musicien punk dans sa jeunesse, et il truffe ses livres de références musicales.
Dans cette nouvelle enquête UNE DERNIERE CHANCE POUR REBUS, on retrouve notre héros dans de sales draps. As usual, comme on dirait outre-Manche. Car John Rébus, réfractaire à l'autorité, possède trois dons : c'est un bon flic, un (très) bon buveur, et il maîtrise parfaitement l'art de salir un peu plus sa mauvaise réputation. C'est pourquoi, au début de ce roman, on le retrouve avec quelques autres flics « bord-cadre », en stage de perfectionnement, pour réapprendre l'éthique et le travail collectif. Exercice pratique : rouvrir l'enquête sur la mort de Rico Lomax, malfrat dessoudé il y a cinq ans. Fait étrange, Rebus avait justement travaillé sur cette même enquête...
Si les livres de Rankin peuvent se lire à l'unité, il est préférable de les suivre dans le temps. On y retrouve beaucoup de personnages, autour de Rébus, comme son ex-coéquipière Siobhan Clarke, d'autres flics, et bien sûr, l'ennemi juré, Big Ger Cafferty, caïd local régnant sur les jeux, les filles, la dope, et son bras droit, La Belette, qui entretiennent avec Rébus une longue et « intime » relation...
Le rythme est lent au début, il y a pas mal de personnages, et deux enquêtes criminelles à résoudre. Rankin expose les faits, les caractères, et insidieusement commence à distiller le doute chez le lecteur. Ce fameux stage, prétexte à infiltration, surveillance... mais qui est censé épier qui ? Les vielles histoires remontent, les rancunes, les règlements de compte, les cadavres aussi. Les enquêtes se corsent, piétinent, sur les docks, dans les pubs enfumés, où on y boit beaucoup, où on complote autant qu'on y refait le monde.
Chez Rankin, pas de récit tonitruant, de pétarades à tout va. Mais de la psychologie, des portraits, de l'observation, descriptions précises de milieux et de moeurs, un style classique, propre, fouillé. Une fois le tableau général bien en vue - à la moitié du roman - on ne lâche plus le bouquin, dont l'intrigue s'accélère, toujours précise et prenante.
Encore un très bon polar de Ian Rankin.
720 pages.