Cet imposant roman (850p) n'est pas fait pour tout le monde. Amos Oz, qui est un brillant romancier, aimant les jeux littéraires et les défis, nous présente son histoire familiale - ses ancêtres, ses parents et le petit garçon qu'il fut - sans ordre apparent ni logique. Amateurs de chronologie et de narrations rigoureuses, passez votre chemin : cette généalogie passe sans transition d'une branche à l'autre, d'un passé lointain à un passé proche et répète, voire ressasse, les mêmes anecdotes. Amos Oz n'a perdu ni ses neurones ni son habileté de romancier : c'est le travail de la mémoire, erratique et incertain, qui est ici reproduit. La clef de l'oeuvre, qui est aussi un passionnant témoignage sur la Palestine des années 1940, est le suicide de la mère de l'écrivain, intervenu quand il avait douze ans et qui le conduira à s'installer (pour des décennies) dans un kibboutz. Le portrait de cette mère et de ses démons, bouleversant, ne doit pas faire négliger le reste de l'oeuvre : une généalogie intime qui a l'ampleur des plus grandes fresques.