Poster le commentaire d'un film ayant déjà douze ans d'âge et largement commenté ne rend pas la tâche facile, néanmoins je vais m'y risquer. J'ai vu ce film en salles en 1999, ce qui fût pour moi une belle découverte. Dès lors je l'ai acquis en vidéo VHS et à présent en DVD et je le visionne plusieurs fois par an car cette histoire m'émeut toujours autant aujourd'hui. Elle constitue une authentique surprise, car David LYNCH, cinéaste à multiples facettes, est plus connu pour ses films à l'univers tourmenté comme un maître du thriller à l'ambiance glauque et oppressante .
Avec "Une histoire vraie - Straight Story" son huitième film, David LYNCH nous offre une oeuvre contemplative et sobre; un film à la fois émouvant, parfois drôle et le sujet peut même prêter à faire sourire certaines âmes. Certes il est vrai, il ne se passe pas grand chose en apparence à l'écran, en termes d'actions c'est clair mais ça n'en fait pas pour autant un film inintéressant, bien au contraire, il est surprenant de bons sentiments et nous rappelle aux valeurs essentielles de l'humain.
L'histoire vraie d'Alvin Straight (Richard FARNSWORTH), se situe en 1994 à Laurens (IOWA), il a 73 ans et vient de faire une mauvaise chute. Un soir, Alvin apprend que son frère aîné Lyle vient d'avoir un A.V.C. Bien qu'ils soient fâchés depuis dix ans, Alvin, malgré un état de santé chancelant qui l'oblige à se déplacer avec l'aide de deux cannes, décide après avoir réfléchi à leur contentieux d'aller voir Lyle à Mount Zion (Wisconsin) soit 680 km. Alvin n'a pas une très bonne vue et ne possède pas de permis de conduire, alors il ira par la route, avec le seul moyen de locomotion dont il dispose une vieille tondeuse à gazon autoportée, à laquelle il attachera une grosse remorque de sa fabrication. On sait peu de lui et au cours de son long périple on apprendra à le connaître. David LYNCH nous offre ici un anti-héros plein de sobriété et de sincérité. Dès le début du film on s'attache rapidement à ce vieil homme, personnage central de cet incroyable road movie, sans doute le plus lent du cinéma mais cependant, jamais ennuyeux. Sa fille Rosie (Sissi SPACEK), qui vit avec lui, est si attachante et si naturelle que même avec le doublage en français transparaît à l'écran sa fragilité et sa sensibilité fortement alterée par les mauvais coups du sort.
David LYNCH nous livre à travers son film un message sur la vieillesse, sur ce que l'être humain a de meilleur et une saine réflexion sur la vie, sur nous-même aussi. Il nous sert un film à la fois réaliste, simple et fort émouvant. La caméra saisit, au cours du voyage d'Alvin, l'univers unique du Middle-West parsemé de fermes et de grands champs de maïs, de beaux paysages et de belles rencontres toutes plus touchantes les unes que les autres. Ce film est empreint d'une grandeur d'âme et de générosité comme tous les acteurs! Il n'y a pas le moindre soupçon de violence ici, pas la moindre vulgarité et cela fait du bien, cela repose et l'on se met à croire à une société meilleure, ça fait du bien !! La fin de l'histoire est filmée sobrement par D. LYNCH, c'est le moment tant attendu des retrouvailles l'instant très émouvant. D. LYNCH laisse à chacun de nous le choix de sa libre interprétation...
Enfin, il ne serait pas juste de parler de ce film ,très à part dans la filmographie de David LYNCH, sans parler de sa superbe BO, la musique d'Angelo BADALAMENTI, compositeur attitré de tous ses films, y est ici très belle, en totale harmonie et en parfaite symbiose avec les images. Musique magique, le son guitare est pur, cristallin, chaque thème musical colle parfaitement à la situation du moment.
L'acteur principal Richard FORNSWORTH, dont c'est malheureusement ici son dernier film était alors âgé de 78 ans et déjà bien malade lorsqu'il tourna ce film en octobre 1998 pendant cinq semaines, soit seulement deux années après la mort du vrai Alvin Straight. Le vieil acteur est bouleversant de vérité, nommé aux oscars en 1999, il l'en aurait mérité un pour sa magistrale et émouvante interprétation. Condamné par un cancer et ayant auparavant perdu son épouse, Richard, qui débuta au cinéma comme cascadeur notamment à cheval, puis comme acteur dans de nombreux westerns (Red River et tant d'autres films) avec de grands réalisateurs, se suicidera dans son ranch l'année suivante, il avait 80 ans.