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Ayant adoré lire et relire les six premiers tomes des Harry Potter (une découverte fracassante en ce qui me concerne, une lecture éblouissante) j'étais parfaitement réconciliée avec l'idée que l'auteur laisse de côté pour le moment la littérature jeunesse pour écrire un livre pour adultes.
Après avoir lu la présentation de l'éditeur, je m'attendais à un récit enlevé, drôle et satirique, dans un style peut-être un peu de ceux des livres d'Agatha Christie, ou des téléfilms de la série des Inspecteur Barnaby – les meurtres en moins. Ou alors, avec un grand coup de chance, à une histoire aussi chaleureuse, fine et amusante que dans les romans de Victoria Clayton.
Le début répondit à peu près mes attentes : un style fluide, des personnages bien campés, aux personnalités bien marquées. J'ai apprécié quelques passages très pertinents. Mais très vite j'ai commencé à ciller, tout d'abord face à la multitude des points de vue : ce n'est qu'à la moitié du livre (qui est très long) que j'ai réussi à savoir exactement qui était qui. Il m'aurait fallu, pour m'y retrouver, une liste des personnages et de leurs interactions, comme dans une pièce de théâtre. Cette faiblesse est d'ordre structurel, mais je crois qu'elle aurait dû être évitée dans le contexte (un auteur aguerri, un éditeur très présent, une distribution massive).
Ensuite, au tiers du livre, mon opinion a commencé à prendre forme, alors que la pertinence laissait place aux répétitions ; à la moitié j'ai failli abandonner cette lecture, persévérant finalement dans l'espoir d'une volte-face, d'une justification des choix de l'auteur... mais mes attentes n'ont pas été récompensées.
Dans le microcosme imaginé par JK Rowling dans ce livre, ce "roman psychologique", il n'y a que la misère du monde. Aucune des faiblesses humaines ne nous est épargnée, tourbillonnant sans relâche sur le plateau de sa brassée de personnages. Chacun d'entre eux sonne juste, il faut l'avouer – presque terrifiant de réalisme, même. Les mises en scène sont brillantes (du moins dans le premier tiers, ensuite le récit ressasse beaucoup) rien ne pêche de ce côté-là. Cependant, cette galerie de personnages offre une tonalité très monochrome : celle de la laideur humaine. Toutes les bassesses, faiblesses, médiocrités, mesquineries, violences, manquements de notre race sont ici mis en avant, sans concessions et avec beaucoup de crudité à l’occasion. Curieusement, l’impression d’ensemble n’est pas déprimante : au début de ma lecture j'ai surtout été perplexe, me demandant où l'auteur voulait en venir, pourquoi tardait-elle tant à introduire les éléments destinés à mettre en relief toute cette noirceur monochrome. Cette perplexité s'est mué en agacement, puis en ébahissement à la lecture de la chute.
Aucune lueur de bonté, de malice, d’espoir ne vient jamais vraiment éclairer ce microcosme des vanités et mesquineries humaines. Ce réalisme extrême, ponctué de vulgarité, de sordide et de crudité, est dénué du charme sulfureux du cynisme tout comme du charme tellement humain de l’espoir. Aucun humour, de quelque sorte qu'il soit, ne vient alléger ces très longues pages.
Le but unique de ce livre semble être de nous présenter, en détail, avec une minutie obsessionnelle, une galerie de personnages antipathiques et/ ou pathétiques. Tout est passé en revue : la lâcheté, l'égoïsme, la perversité, la cruauté, l'addiction, la violence, la sexualité dans ses formes les plus sordides, l'injustice, l'absence de soins aux personnes faibles, la persécution des faibles par les forts, etc.
Jamais ou presque les qualités humaines opposées ne sont mises en avant sans pointer du doigt la nature égoïste de ce prétendu altruiste. Noir sur noir, du début à la fin, si tant est que les squelettiques touches positives tombent comme des cheveux sur la soupe, comme des clichés ahurissants.
L’artifice choisi par l’auteur pour rassembler ses personnages autour d’un même intérêt (la mort d’un notable de leur petite ville, qui laisse une place politique à prendre) est finalement très artificiel. Aucune histoire bien tournée ne vient sauver ce marasme, l'intrigue tiendrait en quelques chapitres. L'affaire aurait peut-être été sauvée par un récit trois fois moins long, qui aurait donné un rythme, une nervosité qui aurait pu servir cette vision purement négative de l'humain.
Bien avant la fin de ma lecture, ce détachement clinique, cet acharnement à dénoncer méticuleusement les travers de ses personnages, sans leur accorder une once de qualité, m’a rendu ce livre très antipathique. Je suis attristée à l’idée qu’une personne capable de créer un monde aussi fascinant et enchanteur que celui des HP puisse avoir éprouvé le besoin d’utiliser son art (car elle montre un talent d'écriture malgré tout) à dérouler minutieusement une société méprisable à travers une histoire trop faible et fade pour supporter le poids de cette chape de misères humaines.
La fin est ridicule. L'auteur y châtie cruellement chacun de ses personnages, à une ou deux exceptions près. Chacun d'entre eux est puni, humilié, exposé, anéanti. Elle utilise même une technique cliché que je lui avais déjà trouvé (* voir plus bas pour ceux que ça intéressent, et qui n'ont pas l'intention de lire ce livre : attention je dévoile la fin) dans le dernier livre des Harry Potter.
Que JKR a-t-elle voulu nous prouver là ? Qu'elle était capable d'écrire quelque chose de très différent des Harry Potter ? Et bien qu'elle se rassure, c'est fait ! Aucun charme, aucun humour, aucune élévation de l'âme, aucune chaleur humaine, rien de distrayant, aucun intérêt.
Un livre froidement informatif, sur des choses que nous connaissons tous, qui nous entourent, qui sont notre quotidien, de plus ou moins près bien sûr, mais dont nous nous informons et qui ne nous laissent jamais indifférents.
Pour ma part, j'attends d'un livre qu'il me distraie, m'amuse, me fasse réfléchir, voire même tout ça à la fois.
"Une place à prendre" y a lamentablement échoué...
(remarque : lu en anglais)
(* ATTENTION "spoilers" !
J'avais noté, dans le tome 7 des HP, une tendance déplaisante, à vouloir faire sérieux, en sacrifiant un nombre conséquent des personnages secondaires très attachants. Cette volonté de montrer que "c'est du sérieux, la vie c'est pas marrant, mon livre est crédible, non tous les gentils ne s'en sortent pas à la fin" m'avait beaucoup agacée – et déçue. Dans "Une place à prendre" JKR utilise le même artifice en sacrifiant l'enfant innocent, puis du même geste, la grande sœur attachante, qui se suicide de désespoir : beuh, franchement, quel mélodrame éculé !).