Extrait
La visite de Léo à Etienne et Fauvette
- La visite, murmure Etienne Pradon. Fauvette ne répond pas. Assise à la table aux coquelicots, elle remplit ses grilles, des lettres de case en case jusqu'à en oublier le temps. Lorsqu'elle est dans son jeu, Fauvette n'écoute rien de la maison. Ni les pas de son mari dans le couloir, ni la petite horloge suisse, ni leur silence, ni aucun des bruits du dehors. Etienne marche vers la penderie. Il dit que la veilleuse du grenier vient de s'éteindre, qu'il faut remplacer l'ampoule, qu'il doit en rester une neuve dans le carton à électricité. Il parle comme ça, tout haut, pour lui seul comme à son habitude. Puis il s'arrête contre la porte et se tourne vers elle en disant :
- La visite.
Fauvette Pradon lève les yeux. Elle observe son vieil homme. Il a son front de peine, ses rides profondes, ses paupières lourdes et la bouche en soucis. Elle enlève ses lunettes, les laisse retomber au bout de leur cordon. Elle penche la tête.
Elle l'entend à son tour. Un pas traînant qui vient sur le gravier. Léo Mottier. Il racle ses semelles sur les marches humides. Il est devant la porte. Il tousse. Il tire le cordon qui entraîne la cloche de l'entrée. Un coup furtif, respectueux, un timbre de politesse.
Etienne ferme les yeux. Il s'est adossé au mur. Sur le perron de Ker Ael, des chaussures familières froissent trois pas. Maintenant, Léo doit reculer pour regarder la façade, les volets clos, l'entrée du jardin, la remise et sa fenêtre cassée. Il doit être mains sur les hanches, la casquette de travers, la cigarette éteinte au coin des lèvres.
- Il va frapper, murmure Etienne.
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Revue de presse
Le Petit Bonzi, premier roman de Sorj Chalandon, était excellent. Une promesse, le deuxième, est meilleur encore...
Prix Albert-Londres pour son travail dans les colonnes de Libération, Chalandon n'est plus seulement journaliste. En deux romans tenus et faussement simples, il s'est aussi transformé en écrivain. De ceux capables de faire jaillir les émotions, de magnifier les secrets de l'enfance. (Alexandre Fillon - L'Express du 16 novembre 2006 )
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