Amazon.fr
Dans Une saison de machettes, Jean Hatzfeld a retrouvé une douzaine de ces assassins hutus, agriculteurs pour la plupart, en attente dun jugement ou déjà jugés dans la même commune de Nyamata, et leur donne la parole. Adabert, Alphonse, Ignace, Elie, Léopord, Jean-Baptiste, Pancrase, Pro, et les autres, racontent en toute bonne foi, "avec une énorme franchise, souvent même avec candeur", observe lauteur, cette année 1994 où tout a basculé après lassassinat du président rwandais. "On sassemblait sur le terrain de foot en bande de connaissance, et on allait en chasse par affinité", "On pensait quon pouvait désormais se débrouiller sans Dieu", expliquent-ils. Et de raconter comment eux, Hutus, sarmant de machettes, en se mettant à piller, à violer, à tuer aussi systématiquement que férocement, ont pris leur revanche sur lethnie des Tutsis qui avaient tenu les clefs du pouvoir pendant une longue période.
Dans cette grande enquête sous forme de récit, Hatzfeld analyse le processus du génocide. Ou comment de simples agriculteurs, placés dans une situation exceptionnelle et encadrés par les autorités locales, en sont venus à massacrer leurs voisins, sans état dâme, par conformisme, mais avec le souci de bien faire le "travail", jusquau bout. "Tuer était moins échinant que cultiver", dit lun. "Je tuais sans conséquences, je madaptais sans problème", se souvient un autre. À la fin du récit, les douze hommes acceptent de poser pour une photo, comme une bande de copains. Nulle trace de repentir dans leur discours, ni de mauvaise conscience. Récit dune précision et dune cruauté glaçante, Une saison de machettes est un ouvrage essentiel qui force le lecteur, frappé de stupeur, à garder les yeux ouverts pour regarder en face la banalité du mal. --Denis Gombert
Présentation de l'éditeur
Quatrième de couverture
Il a toujours semblé que les tueurs d'un génocide, trop dépassés par l'énormité de leurs actes, ne pouvaient que mentir ou se taire. Dans un pénitencier près de Nyamata, une bourgade rwandaise, l'auteur a rencontré un groupe de tueurs. Des copains, sans contact avec le monde extérieur et déjà condamnés. Au fil de mois de discussions, ils ont montré l'envie de raconter ce « brouhaha» de l'extermination, de dire précisément l'indicible. Pour renouer avec nous? Renouer avec les braves cultivateurs ou instituteurs qu'ils avaient été? Au plus près du mal absolu, le génocide, qu'il soit juif, gitan ou tutsi, leurs récits et les réflexions de l'auteur apportent autant de questions que de réponses.
Jean Hatzfeld a écrit Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais.