Geneviève a quatre-vingt-onze ans et compte bien faire partie de ces quelques doyens qui dépasseront le centenaire et, qui sait, peut-être atteindra-t-elle l'immortalité. En tout cas, ce sont bien les perspectives qu'elle poursuit. Le problème pourtant avec Geneviève est que, sous l'impulsion que lui a donnée son père dans son enfance, elle noircit depuis toujours quantité de cahiers avec ses mémoires et ses rêves. Sacrilège, selon Madame Bertrand, sa professeure de grapho-astrologie, car pour qui aspire à l'immortalité, tous ses écrits sont de véritables dangers, des obstacles à sa longévité ! Comment faire, alors qu'elle ne peut pertinemment pas se passer d'écrire au quotidien ? Une seule solution : désécrire !
Ainsi, Geneviève va pouvoir continuer à écrire à condition d'éliminer dans ses anciens cahiers beaucoup plus de lettres qu'elle ne trace de nouvelles. Alors la voilà qui procède à l'expurgation de ses mémoires cahier après cahier. Et en quatre-vingt-onze ans, ça en fait des feuillets ! Il lui faut donc trier ses souvenirs pour ne conserver que ceux qui peuvent avoir une réelle importance et reléguer les autres, tous les autres, à la déchetterie. Ainsi, au gré de ces écrits, parcourt-on le siècle dernier par le biais de son existence qu'elle consignait scrupuleusement sous forme biographique.
Au fil de son pénible et douloureux travail de désécriture, Geneviève s'aperçoit petit à petit qu'il y aurait tromperie dans les théories avancées par sa professeure
Bien qu'abordant implicitement le domaine de l'introspection et de la sémantique (l'auteur est professeur de linguistique), le texte est d'une réelle limpidité. Les tribulations de la narratrice sont croustillantes d'ironie, de dérision, de légèreté parfois et de tendresse souvent. Geneviève, malgré ses quatre-vingt-onze printemps, est loin d'incarner la sagesse de son âge. Elle ne sait toujours pas résister aux multiples tentations du monde qui l'entoure et succombe à bien des caprices avec la même fraîcheur que lorsqu'elle était petite fille. Le lecteur ne peut que se prendre d'affection pour la « jeunesse » de cette vieille dame.