Jean-Pierre Garnier dénonce depuis plus de trente ans les politiques de la ville et les ralliements de nombre de ses « confrères » à la doxa social-libérale. Reconvertis en conseillers du prince, ils travaillent à éradiquer, via « rénovation » et « réhabilitation », les classes populaires du coeur des villes pour y faire de la place à la nouvelle classe montante, cette nouvelle petite bourgeoisie intellectuelle issue des NTIC, ces bobos branchés qui aiment célébrer la vie chaleureuse des quartiers populaires d'antan tout en en signant inéluctablement la mort par leur seule présence, puisqu'un quartier « attractif » ne peut qu'exclure de ses murs celles et ceux qui n'ont plus les moyens d'en jouir.
Que faire de ces pauvres privés du « droit à la ville » ? Les parquer là où « l'habitat, collectif ou individuel, désormais dissocié de la vie sociale qu'offrait jadis la ville, [est]réduit à une simple fonction instrumentale. » Ces grands ensembles d'hier et d'aujourd'hui, celui des blousons noirs d'hier et des sauvageons d'aujourd'hui, qui explosent à l'occasion, comme à l'automne 2005. Dans "Les barbares dans la cité", Jean-Pierre Garnier écrivait : le « bavardage prolixe sur les mille-et-une causes de la violence urbaine, de même que les discussions sans fin sur les moyens de l'enrayer, permettent de prolonger le silence quasi général qui est de mise sur la violence majeure que constituent, pour ceux qui en sont les victimes, la précarisation, la paupérisation et la marginalisation. » Le constat qu'il dresse, suite aux émeutes de 2005, est le même. Les élites analysent les émeutes urbaines comme le fruit d'un problème « de société » ou « culturel » parce qu'elles ne peuvent reconnaître que l'embrasement des banlieues est le fruit de ce système économique et social qui ne peut prospérer sans produire son stock de déclassés et de lumpenprolétaires. Les jeunes émeutiers défendent leur quartier car ils y sont comme assignés à résidence. Ils sont sans espoir et n'attendent rien des politiques. Produits de notre société de la marchandise, ils ont compris que le paraître était une condition fondamentale de l'existence sociale ; et en ce sens, ils sont totalement intégrés. « L'implosion qui menace nos sociétés s'annonce très différente, dans sa dynamique, comme dans les affrontements sur lesquels elle peut déboucher, des « explosions sociales » de jadis que les nantis redoutaient tant », nous dit Jean-Pierre Garnier. Et c'est à cette « violence erratique des déclassés » que se heurte la « politique de la ville » ; une politique de classe, tout simplement.