1° film (en 42) en tant que réalisateur à Hollywood (il avait mis en scène 'Mauvaise graine' avec Danielle Darieux en 34 en France), où il travaillait en tant que scénariste depuis 35, coécrit avec Charles Brackett -son partenaire d'écriture alors- d'après une pièce pas vraiment connue, elle-même inspirée d'une histoire écrite par quelqu'un d'autre (Wilder est souvent allé chercher ses idées 'ici et là'), 'The major and the minor' (qui est quand même un titre plus élégant que celui que nous lui avons trouvé ici en France) est la contribution de l'immense Billy Wilder à la saga de Lolita : un homme d'un certain âge (Milland approchait la quarantaine à ce moment-là) fait dans un train la connaissance d'une jeune fille de 12 ans..., Ginger Rogers (qui en avait déjà 31 alors...) et s'éprend d'elle sans trop oser se l'avouer...
Comme Sue-Ginger Rogers (le couple qu'elle a formé avec Fred Astaire à partir de 34 dans une dizaine de films avait fait d'elle une star), une provinciale venue chercher fortune, sans l'avoir trouvée, à New-York et bien décidée à retourner chez elle, dans un quelconque trou perdu de l'Iowa, n'a plus assez d'argent pour se payer un billet de train adulte pour ce faire, elle se fait passer pour une enfant afin de pouvoir profiter d'un billet à demi-tarif, ce qui l'oblige ensuite dans le train à continuer de jouer la gamine. Et c'est en que telle qu'elle se retrouve dans la cabine et les bras de Ray Milland (qui allait gagner l'Oscar du meilleur acteur grâce à Billy Wilder d'ailleurs en 45 dans 'Le poison' et surtout s'imposer dans les années 50 et qui dans ce film semble être un clone de James Stewart), un officier (le major du titre original) instructeur dans une école militaire. Celui-ci emmène la 'mineure' avec lui à l'école et l'y installe pour quelques jours, le temps qu'un collègue qui doit se rendre du côté de chez elle l'emmène avec lui. Et à l'école, notre mignonne 'jeune fille' crée un trouble certain chez les cadets de celle-ci, soumis, comme tout un chacun, aux lois de la nature, les transformant en jeunes loups de Tex Avery, tout en tentant de gagner 'à sa cause' son 'oncle' d'adoption, le gentil, tranquille et adorable Ray Milland qui a bien du mal à se détacher de cette 'nièce' explosive...
'Sue-Sue who always says so-so and must-must not' au milieu de ces soldats qui ont l'avantage d'être toujours au 'garde-à-vous' permet évidemment au cynique Billy Wilder (« Vous avez deviné que c'était sa femme parce qu'elle l'a frappé ? ») de faire une fois de plus preuve de son humour mordant et décapant tout en finesse : la censure américaine veillait alors et il fallait l'intelligence d'un Billy Wilder pour savoir la contourner aussi efficacement. La comédie, une histoire de manteau humide et de whisky sec au départ, tournée sur un mode mineur autour d'un thème majeur, a magnifiquement vieillie et nous est proposé par 'Carlotta', l'un des meilleurs éditeurs français, dans un noir et blanc parfaitement restauré.
Ce long-métrage auquel contribuèrent quelques uns des plus émérites collaborateurs de la Paramount d'alors dont Edith Head pour les costumes, fut d'emblée un énorme succès, consacra Billy Wilder en tant que réalisateur et demeure l'une des plus délicieuses et subversives comédies du Maître qu'il ne faut manquer à aucun prix !
A noter : les jeunes filles invitées à la 'masquerade' (le bal) des cadets de l'école militaire portent toutes la mythique coiffure de Veronica Lake (qui ne dévoilait qu'un seul ½il) qui venait de signer à la Paramount
Bonus (et quand on parle d'une édition 'Carlotta', les bonus méritent toujours d'être évoqués) : un passionnant et jouissif documentaire de Michel Ciment datant de 1998 et consacré à Samuel, dit Billy, Wilder chez lui (dans son appartement de L.A. et sa résidence secondaire du côté de Malibu, à l'intérieur, sur la plage et dans le jardin) et dans son bureau, avec l'intervention de ses « vieilles pantoufles » d'acteurs Jack Lemmon et Walter Matthau, au travers duquel est évoquée la totalité de sa carrière de Berlin à Hollywood en passant par Paris (il utilise d'ailleurs des mots français à plusieurs moments de l'entretien) ; ce document mérite d'ailleurs à lui seul d'ailleurs l'achat du DVD !