Il y a vingt ans, Yes sortait « Union », sans conteste l'un de ses disques les plus détestés. Il me semble venu le temps de réhabiliter cet album solide, que pour ma part j'ai toujours adoré.
Rappel des faits... Au début des nineties, il existait deux Yes : « l'officiel » constitué de Squire, Rabin, White et Kaye, responsable de « Big generator » ; et ABWH formé par les membres historiques du groupe « classique » (Anderson, Bruford, Wakeman and Howe). Le Yes « américain » contre le Yes « anglais ». Cette situation faisait bien rire la presse musicale du monde entier qui n'hésitait pas à taper sur la tête de ces « vieux dinosaures ». Et c'est vrai qu' « ils le valaient bien », en procès les uns contre les autres, incapables alors de donner un successeur au très FM « Big generator » (que j'avais détesté à l'époque, mais dont j'apprécie aujourd'hui la plupart de ses titres comme « shoot high aim and low », « final eyes » « I'm running », « holy lamb », à l'exception des « tubes ») et au très goûteux « ABWH » (quelle 1ère face merveilleuse !). A l'époque, Yes était l'un de mes groupes préférés. Non pas parce que j'avais craqué sur « Close to the edge » dans ma prime jeunesse, mais parce que « 90125 » avait bercé toute mon adolescence. Ce n'est qu'ensuite, j'avais tenté de découvrir les aeuvres passées du groupe. Si « Close to the edge » et « Fragile » s'étaient facilement imposés comme mes disques de chevet, j'avais failli vomir à l'écoute de « Tales from topographic ocean » (c'était en 1983. J'ai revendu illico le double-vinyle après en avoir enregistré de courts extraits de chaque suite sur une cassette audio !!!). Je n'ai jamais vu Yes en concert, mais j'étais aux premières loges à Bercy pour assister au mega show d'ABWH avec Tony Levin à la basse.
Bref, lorsque j'ai appris que Yes sortait enfin une nouvelle galette, je me suis rué à la FNAC des Halles pour écouter le disque au casque et ce fut la claque. « I would have been forever », « shock to the system » et « silent talking » m'ont vite convaincu d'acquérir la musicassette (à l'époque, le seul support que je pouvais lire à Paris dans la chambre de bonne où je vivais). Je ne compte pas le nombre de fois où elle a tourné sur mon radio-cassette !! Je retrouvais avec bonheur le groupe qui m'avait à la fois enchanté sur « 90125 », « ABWH » et « Fragile » et je trouvais qu' « Union » en était alors un bon compromis à l'aube des années 90. Il faut se rappeler qu'à l'époque le rock progressif était moribond, que le grunge et le rap étaient en train de naître en France. « Union » constituait une excellente surprise, comme l'était « We can dance » de Genesis ou le serait « Black Moon » d'ELP l'année suivante. La comparaison avec ces deux derniers disques n'est d'ailleurs pas fortuite.
« Union » est un disque artificiel. Lorsque je l'ai écouté pour la première fois, ça ne m'a pas tellement sauté aux oreilles, car Jon Anderson faisait le lien entre tous les titres. Les 4 titres du Yes américain ne sont si FM que cela et les 11 du Yes anglais moins progressifs et plus musclés que ceux d'ABWH : il y a donc moins de différences qu'on veut bien le dire. De la formation de Rabin, j'apprécie même énormément le très changeant « miracle of life » (composé avec Mark Mancina qui sera le producteur du « Black moon » d' ELP) et l'entêtant « the more we live » (composé par Squire avec un certain... Billy Sherwood, futur Yes). « lift me up » est une chanson purement Rabin qui évoque plus Kansas que Yes, tandis que la sucrerie reggae « saving me heart » est un morceau hors sujet.
Concernant les titres du Yes anglais, j'ai déjà parlé de la magnificence de 3 d'entre eux, à la fois entraînants, mélodiques, puissants et très élaborés. La mauvaise côte qu'a « Union » est largement due aux déclarations de Rick Wakeman et de Bill Bruford. Le premier n'hésitait pas à qualifier ce disque d' « ognon », furieux de s'être fait couper au montage nombre de ses interventions. Le producteur Jonathan Elias, crédité à la composition pour ses arrangements (des « dérangements » pourrait-on même dire), aurait même fait intervenir d'autres claviéristes pour donner un côté plus « radiophonique » et lisse à l'ensemble. Bill Bruford est encore plus vindicatif : les percussions de l'album seraient essentiellement des samples de son propre jeu. A l'écoute des morceaux, il n'aurait pas retrouvé l'inventivité qui le caractérise et tout aurait été simplifié par cet horrible Elias. Lorsqu'on connait bien « Union », on ne peut que constater son excellence mélodique (Jon Anderson y est impérial), associée aux superbes interventions de Steve Howe. On n'ose imaginer ce que serait devenu ce disque avec les soli magistraux de Wakeman et la rythmique appropriée de Bruford. Un morceau évolutif comme « without hope you cannot start the day » est déjà tellement bon ! Et puis, ceux qui adorent Jon Anderson ne peuvent que s'émouvoir sur des perles diaphanes comme « angkor wat » et « take the water to the mountain », contrebalancées par les sautillants « holding on » et « give & take » où le couple Anderson/Howe s'en donne à caeur joie. Le petit côté « Fragile » se retrouve avec le titre acoustique « masquerade » aux faux airs de « the clap », l'intermède rythmique « evensong » et même « i would have waited forever » qui aurait pu connaître une carrière à la « roundabout » ! Seul « Dangerous » jure dans cette collection de bijoux. Et lorsqu'on sait que ce n'est pas Steve Howe, mais Jimmy Haun (futur Circa et Yoso) qui tient la guitare, cela n'en est que plus rageant.
Alors ? Ce disque très long de 70mn (soit 23mn de plus que le récent « Fly from here » !!) avec seulement deux morceaux énervants et hors sujet (« saving my heart » et « dangerous ») est vraiment à redécouvrir. Personnellement, je le préfère largement à « Talk » dont je n'aime que 3 titres (« the calling », « waiting », « endless dreams »).