Quinze ans de carrière, et une multitude d’albums sur le marché, entre les officiels, les solos, les collaborations et projets divers et variés, le 113 est déjà un vieux groupe quand sort Universel.
Le trio de Vitry n’est jamais meilleur que dans les morceaux enlevés, façon bédé retranscrite en live. « Accélère » est dans cette veine, ou le trépidant « Dubaï » où l’on retrouve leur allant du bon temps du tube « Tonton du bled ». Le Malien, l’Algérien et le Guadeloupéen ont une osmose et une fluidité qui remonte à loin, quasi aux bancs de l’école, ou du moins à ceux du square. Ils ont été les premiers à souscrire aux beats electro, appuyés en cela par leur proximité avec DJ Medhi qui leur défricha ce chemin à la machette. Et au moins, eux, quand ils narrent des aventures de bracos et de mauvais garçons, on sait bien qu’ils n’essayent pas de nous faire croire qu’ils en sont !
Si leur sincérité n’est pas à mettre en doute, les titres plus lents, prévus pour tirer des larmes, sont moins convaincants. Cette fois, ils réussissent un nouveau pari, un rapprochement réussi avec Benjamin Biolay, un fan déclaré, dont la voix basse et voilée s’accorde au millimètre avec l’atmosphère théâtrale d’une chanson captivante qu’est « Texas Hold’em ». La combinaison avec Magic System a déjà fait ses preuves, ils la réitèrent avec « On va décoller », sorte d’electro coupé-décalé qui ne surprend plus, mais devrait remplir les pistes de danse et mouiller les chemises. En miroir, « Bledi » creuse le sillon du rap-raï (pour faire simple).
Mais le featuring qui risque de susciter des jalousies, c’est « We Be Hot », où le trio invite une légende vivante, certes avec un peu de plombs du temps dans l’aile, l’ineffable Flavor Flav, l’homme pendule, le bouffon ultime de Public Enemy, qui inventait le hip-hop majeur quand Rim’K, Mokobé et AP jouaient au sable. Un « party anthem » où le New-Yorkais est certes utilisé au minimum syndical, mais c’est l’intention qui compte, sans doute.
L’album est un peu long, seize titres, mais c’est désormais la norme, et il est destiné à un public qui va le saucissonner et l’acheter en tranches, il montre en tout cas que le 113 reste digne dans un univers où la nouveauté tient souvent lieu d’unique viatique.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story