Deux mois après la sortie du très controversé « In utero » qui, comme un pied de nez à la propreté et au succès commercial de « Nervermind », ramenait Nirvana vers quelque chose de plus brut, de plus sale, le groupe se rendait à New York, dans les studios d'MTV pour y enregistrer un concert... acoustique, aussi surprenant que cela puisse paraître. Difficile alors d'imaginer le groupe en configuration acoustique interprétant ses titres à l'origine aussi saturés que braillards. Le résultat dépassa toutes les espérances. Nirvana allaient ce soir là donner un concert feutré de toute beauté. Souvent accompagné du violoncelle de Lori Goldston, le groupe offre à son public quatorze titres dépouillés au service de la voix brisée de Cobain. Un Cobain que l'on sent ici plus que jamais à nu, lui qui six mois plus tard se donnerait la mort, devenant bien malgré lui l'icône d'une génération, un Cobain qui sur « Pennyroyal tea », « Something in the way » ou « Where did you sleep last night » devient pour moi, pour la première fois réellement touchant, un Cobain que l'on découvre plaisantant entre les morceaux,... Et plus le concert avance, meilleurs les titres sont, notamment ces trois reprises absolument irrésistibles des Meat Puppets en compagnie des frères Kirkwood. Les reprises sont ici nombreuses puisqu'en plus des trois titres des Meat Puppets, le groupe s'attaque également au « Jesus doesn't want me for a sunbeam » des Vaselines, au « The man who sold the world » de David Bowie, et au magnifique « Where did you sleep last night » de Huddie Ledbetter. Mais s'il n'atteint selon moi jamais les sommets d'émotion de l' « Unplugged » d'Alice In Chains, celui de Nirvana demeure tout de même le fantastique témoignage de la mise à nu de l'un des plus grands groupes de rock de l'histoire.