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Après bien des détours et un succès mérité en qualité de cinéaste dont l'entrée fracassante au Festival de Cannes avec
Papa est en voyage d'affaires se concrétisa avec la Palme d'Or de
Underground, Emir Kusturica, qui n'a jamais caché sa passion pour Sid Vicious et Iggy Pop, peut se consacrer à nouveau à son autre passion : la musique. Pour la petite histoire, son groupe de polka punk aux accents subversifs fut interdit sous le régime de Tito (dictature oblige), défrayant la chronique yougoslave. Après un premier opus enchanteur (
Chat noir chat blanc, B.O. d'un conte burlesque tzigane), Kusturica et sa bande de copains ont décidé de continuer l'exploration des méandres de leur folklore, brassant les mélanges les plus épicés dans un joyeux délire. Attachantes, ces déambulations buissonnières sont le meilleur antidote à la morosité.
--Hervé Comte
Critique
Depuis le split du groupe originel en 1991, à 2000, date de sortie de cet album, le conflit et ses drames se sont déplacés d’un pays yougoslave à un autre, mais l’ambition et le postulat des musiciens n’ont pas changé. Se sont encore eux qui en parlent le mieux.
Dans cet album, qui n’est pas une musique de film et dans lequel Emir Kusturica est crédité en tant que guitariste, l’orchestre s’érige lui-même en allégorie musicale, autoproclamant qu’il souhaite « mettre en scène et en musique, avec lucidité et émotion, deux ingrédients sans lesquels l’art ne peut exister, utilisant le langage de la rue et la parodie, de véritables drames sociaux et de vrais héros ».
« Welcome aboard and remember this is a non smoking flight », chante Nele Karajlić dans
« Devil Is In The Business Class ». Unza Unza, c’est un voyage de plus d’une heure pendant lequel on vérifie que cette musique des Balkans est bel et bien le résultat d’un brassage entre les musiques populaire arabes, turques, grecques (on retrouve l’accélération typique du Sirtaki), italiennes et même de la culture d’Europe occidentale, puisque le No Smoking revisite l’histoire de Romeo et Juliette, façon légende gypsie dans
« Was Romeo Really A Jerk ».
Sens de la formule, danse et décadence, depuis ses débuts 100% yougoslaves, cet orchestre a donc adopté la langue de Shakespeare et embrassé une carrière internationale sans perdre de vue sa fonction première : divertir. C’est pourquoi cette musique nomade est à voir en vie, à vivre en live ! Voici le meilleur argument contre ceux qui diront être lassés par la formule entre cirque et fanfare de ce groupe de rock qui compose avant tout en acoustique (la légende dit qu’il s’agissait de pouvoir continuer à jouer même en cas d’attaque, de raid aériens risquant de provoquer un black out électrique !)
Le No Smoking Orchestra a fait des émules en France, au sein de la nouvelle chanson réaliste (Têtes Raides, Ogres de Barback…) et à l’international avec Gogol Bordelo et les multiples fanfares (Belgistan… ). Ultime preuve qu’il s’agit là de vraie musique du monde !
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story