Joëlle Léandre exposait, avec Urban Bass, paru en 1991, une belle collection de fantaisies musicales aussi sérieuses que cocasses, donnant une petite idée à l'auditeur de ses démarches musicales si intenses et atypiques.
Maîtresse dramaturge, doublée d'une musicienne hyper-habile, la contrebassiste sait très bien, depuis un certain nombre d'années, donner une dimension théâtrale extraordinaire à sa musique, notamment en utilisant sa voix comme un complément instrumental et/ou littéraire.
Le premier morceau, sobrement intitulé « Ouverture », est une petite merveille aux allures de chant traditionnel polyphonique (la contrebassiste a enregistré plusieurs pistes exploitant le large registre de l'instrument).
La seconde, « Témoignage », est une véritable fresque sonore.
Plus loin, on se repait de « Taxi », pièce surréaliste et emblématique, ou le moins connu « Cri », un incroyable délire sur le concept du répondeur téléphonique.
« Séraphine », une pièce copieuse en quatre parties (en duo avec l'altiste Sylvie Altenburger), ajoute un grain de sel bienvenu au cadre du projet solo, et rend hommage à une étrange figure du monde de la peinture (popularisée depuis au cinéma).
C'est encore sur scène que l'on perçoit le mieux l'incroyable personnalité de Joëlle Léandre, mais ce disque est à ce point réussi qu'il s'approche souvent de l'expérience du live.
Un disque hallucinant (et inépuisable) qui n'a pas pris une ride...