Les parties les plus intéressantes de cette ouvrage consistent en interrogations de membres de MSF sur les méthodes d'intervention en santé publique dans les pays en développement. La thèse générale est que les méthode d'intervention basées sur une conception technicienne échouent ou bien ont une effciacité limitée, si elles ignorent complètement les gens à qui elles s'adressent : les gens sont les premiers acteurs de leur propre santé. Il faut cesser de considérer la santé publique comme une science vétérinaire ! Cette idée rejoint la thèse soutenue dans le rapport de l'OMS "THe World Health Report 2000") qui évalue la performance des systèmes de santé en partie par la façon dont les gens sont considérés. A propos de la lutte contre le péril fécal au Cambodge, Soizick Crochet montre bien que la propreté, l'hygiène sont des notions très culturelles, ayant à voir avec la pureté. Et il y a un grand décalage entre ces notions dans différentes cultures, d'où des malentendus. Le même auteur s'interroge sur la notion de participation communautaire, et sa pertinence dans un pays qui a été traumatisé par l'action collective (le Cambodge avec les khmers rouges). Elle montre bien que la participation communautaire fait partie de la langue de bois des ONG et organisations internationales, sans qu'il y ait de réflexion sur son sens. Philippe Riberson à partir du cas de la Guinée dans les années 80 montre les déviations dues au concept de "désert sanitaire" : on part de la table rase en déconsidérant que tout ce qui a pu être fait auparavant . La faible adhésion des patients au programme SSP/ME/PEV vient probablement de là. Jean Rigal montre que les épidémies comme celle du choléra ne peuvent être combattues dans les pays non démocratiques où le gouvernement garde secrètes ces épidémies. Et l'aide internationale est bien en peine d'intervenir dans ces cas. Il lui faut du courage pour dire la vérité ! A propos de l'intervention lourde de MSF au Tchad dans les années 80, Eric Goemare montre comment MSF s'était en quelque sorte substituée au ministère de la santé, ce qui a eu pour effet évidemment de déresponsabiliser l'Etat, et probablement de retarder la construction d'un véritable système de santé. A ceux qui s'interrogent sur ce genre de questions, je recommande le livre. Il comporte aussi d'autres sujets, comme la mondialisation et les médicaments (chapitre par P Chirac, M Kaddar et votre serviteur), les médicaments indigents (P. Trouiller), qui me semblent moins originaux.