Cet ouvrage de Jean-Luc Nancy est remarquable.
Il part du même constat que Badiou dans son "de quoi Sarkozy est-il le nom?"
Mais il laisse de côté la polémique sarkozienne quant à mai 68 dès le départ : "l'accusation est tellement ahurissante dans son propre cynisme et tellement ingénue dans sa roublardise mal déguisée qu'il est inutile de s'attarder à la récuser".
Autrement dit, là où Badiou perd son temps à mettre en avant l'inanité des provocations de Sarkozy, Nancy rentre dans le vif du sujet et pose la question de notre rapport actuel avec la démocratie.
Il met en avant nos déceptions quant au "peuple", à l'affectif que nous plaçons et surtout aux espoirs démesurés que nous désirons avec la démocratie.
Il explique clairement comment nous en sommes arrivé à cette déception (qui tourne parfois au dégoût, chez Badiou par exemple avec la démocratie parlementaire).
Puis il reprend le travail de redéfinition, pour donner des points de repères à la pensée et à l'action.
Pour donner quelques pistes de cette réflexion, c'est replacer la démocratie comme capacité à créer du collectif et du sens à un collectif, et surtout (c'est le point central et capital de l'ouvrage) la démocratie comme espace de création qui échappe au politique.
l'exigence démocratique dépasse la sphère du politique nous dit Nancy. le Politique doit laisser un espace, et cet espace, peut être remplie par l'exigence démocratique, du collectif, de la création, etc...
C'est ici un très beau et bien argumenté plaidoyer en faveur de la démocratie dans des temps où à droite comme à gauche, les appels à une remise en cause des principes de la démocratie se font jour ouvertement.
N'oublions pas, comme l'écrit si bien Nancy que la démocratie, dans sa fin ultime, a pour but de faire advenir l'Homme à lui-même...