V. V pour Victoria, pour Veronica, pour Vénézuela, pour visage, pour Vheissu, pour Vésuve, pour Vénus, pour plein de choses en fait. V., paru en 1963, écrit entre 1961 et 1963, est le premier roman de Thomas Pynchon, auteur américain né en 1937, toujours de ce monde, ayant peu écrit (huit livres, le dernier date de 2010), mais n'ayant rien loupé. Auteur discret, qui vit en reclus ou presque, fuyant les interviews, dont on n'a que peu de photos, comme ce fut le cas pour J.D. Salinger. V. est son sommet, un roman inclassable, indescriptible, aussi énigmatique que son court titre. C'est le genre de livre qui vous happe, vous emporte, vous chavire, vous détruit et vous reconstruit durant sa lecture. Comme la citation d'un article de presse française le dit au dos du livre (poche), à lire et relire en attendant tranquillement la fin du monde.
Comment le décrire, ce roman ? Prix Faulkner en 1963, V. raconte plusieurs histoires. D'abord, on a celle de Benny Profane, ancien marin qui, dans le milieu des années 50 sur la côte est des USA, rôde à la recherche de petits boulots, de soirs de cuite, de rencontres, de son identité aussi.Profane va se lier avec la Tierce des Paumés, une petite bande de gens un peu paumés, un peu bohèmes, à New York. Il fait la connaissance d'Herbert Stencil, un homme qui, à la suite de la lecture du journal intime de feu son père, est totalement fasciné, obsédé, par un signe, V., qu'il a vu à plusieurs reprises dans ledit journal intime. La phrase Il y à plus derrière V. et dans V. qu'aucun de nous n'a jamais soupçonné le hante, et il se lance dans une quête pour découvrir qui est ce, ou cette V. , qui aurait été vu(e) à divers lieux et périodes (Egypte, Florence en Italie, Afrique du Sud...) entre la fin du XIXème siècle et la seconde guerre mondiale.
Parallèlement, des chapitres se passent à ces diverses périodes, et on y croise V. (ou ce que l'on peut penser être V. , plusieurs personnages et objets commençant par la lettre V, faisant semer le doute dans l'esprit du lecteur). Au final, tout se rassemble, tout percute méchamment, faisant de ce roman imparable une fresque initiatique à la Ulysse (James Joyce), à la Sur La Route (Jack Kerouac), à la Le Maître Et Marguerite (Mikhaïl Bougakov). Nombreux personnages, complexité de l'intrigue, petits délires (la fameuse légende urbaine des crocodiles vivant dans les égouts de New York est bien exploitée ici), tout ça fait de V. un roman tout simplement inadaptable. A ce titre, la série TV du même nom n'a, mais alors, strictement rien à voir du tout avec le roman. Mais alors, vraiment rien à voir ! Coïncidence de titre.
Pynchon, qui nous offrira encore par la suite de grands romans (Vente A La Criée Du Lot 49, le grandiose L'Arc-En-Ciel De La Gravité, Vineland) est ici au sommet de son art. Roman culte par excellence, énigmatique et riche, V. est une oeuvre majeure de la littérature mondiale. Vraiment, à lire et à relire en attendant le cataclysme.