Les valses de la famille Strauss, quelque accessibles et sensuelles qu'elles soient, n'ont rien d'une musique populaire, mais s'apparentent à la musique classique, destinée au départ au public aristocratique ou bourgeois. Leur qualité de composition ont valu à Johann Strauss fils (1825-1899) l'estime de Johannes Brahms et à titre posthume celle des membres de l'Ecole de Vienne. Pour ce qui est de l'interprétation, cette musique légère est aussi difficile à jouer que l'autre !
Le style de Fritz Reiner (1888-1963) dans les oeuvres de la famille Strauss a la noblesse de Fricsay, presque autant d'élégance que Carlos Kleiber ou Karajan, moins de sensualité que Clemens Krauss et même que Szell, presque autant d'exactitude chorégraphique mais beaucoup plus de poids et pour ainsi dire de profondeur, celle du moins qu'il est possible d'instiller à ces oeuvres insouciantes, que Doráti, mais il ajoute aux qualités de ses collègues une nostalgie prenante, évidente dans les Hirondelles d'Autriche, mais qui apparaît aussi dans les passages calmes des autres valses, et qu'on peut relier si l'on y tient au regret du continent européen. Si l'orchestre fait preuve d'une remarquable délicatesse, les articulations rythmiques sont bien marquées, les instruments percussifs sont sonores et la conclusion de chaque valse est volontiers tranchante. Les contrastes entre la chaleur des passages paisibles et la netteté de ceux qui réclament rythme, accélération ou crescendo sont bien plus accentués que par exemple chez Boskovsky. Mais c'est surtout la perfection dans l'exécution, que seul Carlos Kleiber a peut être atteinte, qu'il faut souligner, et qui a dû nécessiter de longues heures de répétitions, sans doute éprouvantes pour les musiciens, Fritz Reiner n'étant pas connu pour la tendresse dont il faisait preuve à leur égard. La qualité des enregistrements RCA de 1957 et 1960 est excellente.
J'ajoute les noms d'origine des oeuvres présentes ici, les informations n'étant données qu'en anglais. De Johann Strauss II : Morgenblätter, Kaiser-Walzer, An der schönen blauen Donau, Wiener Blut, Rosen aus dem Süden, Schatz-Walzer et Unter Donner und Blitz. De Josef Strauss, son frère, à la vie plus courte, mais à qui l'on doit des valses ou polkas parmi les plus inventives, originales ou pittoresques : Dorfschwalben aus Österreich. Deux oeuvres d'autres compositeurs complètent le disque et bénéficient d'une interprétation aussi parfaite : de Weber (1786-1826), Die Aufforderung zum Tanz (en français, l'Invitation à la Valse, en occitan, Lo Convit a Dançar); de Richard Strauss (1864-1949) qui n'a aucun lien de parenté avec la famille Strauss de Vienne, Walzerfolge aus Der Rosenkavalier.