Ecrit et réalisé par l'ancien dramaturge, devenu scénariste-dialoguiste à succès à Hollywood, Preston Sturges (qui fut considéré à l'époque comme le digne successeur de Frank Capra et d'Ernst Lubitsch, deux réalisateurs auxquels il rend d'ailleurs hommage en les citant dans ses dialogues du film, et qui fut surtout l'égal de Billy Wilder) en 41, en noir et blanc, présenté dans une version restaurée, mais dont le son laisse quand même à désirer (un gros bruit de fond se laisse entendre presque en permanence), est un formidable élément de réflexion sur l'importance de la comédie en tant qu' « adoucissant » à la misère.
Joel McCrea (l'autre William Holden : 'Madame et ses flirts', 'Buffalo Bill', 'Coups de feu dans la sierra') est un réalisateur hollywoodien de comédies qui pense qu'il est temps pour lui, en ces temps difficiles pour beaucoup, que de tourner une grande épopée sur le chômage, la faim et le malheur sous le titre de 'O' brother, where art thou ?'. Mais comme il n'y connaît rien, il décide de jouer au pauvre pendant quelques temps histoire de pouvoir rendre son film plus réaliste et crédible. Secondé par une ravissante starlette, la petite blonde explosive Veronika Lake (c'est à sa petite taille qu'elle dû d'avoir été la partenaire du tout aussi petit Alan Ladd dans les quelques films noirs qui firent leur gloire), qui décide de l'accompagner dans son odyssée (on pourra remarquer à ce propos que les frères Coen rendirent directement hommage à ce film de Preston Sturges en intitulant leur film de bagnards tournant justement autour de 'L'Odyssée' de l'an 2000 justement 'O' brother, where art thou ?'), ils font de courtes incursions dans le monde des pauvres avec toutefois toujours à proximité un bus tout équipé de la production (cuisine, médecin, etc.)... A la suite d'un incident, Joel McCrea va néanmoins se voir enfin projeter seul au milieu des 'damnés de la terre', au bagne...
Proche par moments du burlesque d'antan, 'Les voyages de Sullivan' est une comédie sociale de la meilleure veine, réalisée avec tout son talent par l'immense Preston Sturges dans l'esprit de ses prestigieux aînés. Et même si le film en soi a évidemment un peu vieilli, il n'a en rien perdu de son intérêt : ses dialogues demeurent percutants (c'était la grande spécialité de Sturges) et son message on ne peut plus actuel. N'hésitez pas à partir en voyage avec Sullivan, vous y prendrez un réel plaisir et en retirerez une grande satisfaction !
A noter : Preston Sturges rend dans son film également un hommage visuel à Charlie Chaplin, le 'père' des comédies sociales dès le temps du cinéma muet, ainsi qu'à Walt Disney dont les 'petits' dessins animés (un vieux Mickey&Pluto en noir et blanc est projeté aux bagnards du film à un moment donné) contribuèrent également à distraire les foules d'alors de leur soucis