Vague scélérate
Le roman de Georges Le Noane est un roman qui nous parle du monde de la mer, mais en apparence seulement. C'est d'abord un roman de la Terre, la planète bleue, celle qui nous met le vague à l'âme quand nous la croyons perdue pour nous et surtout pour nos enfants, celle que nous essayons de ménager bien que nous n'ayons de cesse que de l'aménager, celle qui nous offre des paysages incomparables, des vues sur l'horizon qui sont autant d'échappées vers l'infini, l'espace de l'univers.
Nous nous y sentons alors si petits... écrasés, impuissants, saisis par la force des éléments, paralysés devant tant de grandeur impitoyable... comme la vague scélérate.
Paul va devoir sonder les profondeurs de l'infiniment petit avant de pouvoir resurgir, y ayant puisé une force insoupçonnable, éprouver la plus profonde solitude avant de pouvoir à nouveau s'ancrer au solide anneau de l'amitié. Et Paul va être grand, « capable et puissant au-delà de ce qui est mesurable ».
Georges Le Noane nous emmène par delà la mer, par delà la vague, sur les chemins de l'homme qui doute après avoir été, c'est sûr, un marin exemplaire. Bien que ne nous faisant pas embarquer, ou si peu, il nous décrit un monde maritime, celui de la pêche, qu'il connaît bien. Il nous dit son amour de la mer, lui qui a conduit aux destinées d'une commune de la côte de granit rose pendant plusieurs années.
Il nous transmet aussi son savoir scientifique, entretenu tout au long d'une carrière passée au contact des techniques de pointe des télécommunications notamment. Il va réussir à faire se rejoindre les sciences des communications avec celles des phénomènes marins, dans une vulgarisation qu'il sait contenir, non sans humour, dans les limites de l'acceptable pour les non initiés que seront la plupart de ses lecteurs. Le récit de l'assemblée générale organisée par Paul, Victor, Marie et Yvonne est particulièrement réussi dans ce registre.
Georges Le Noane nous fait aimer le Trégor et le Goélo, de Trébeurden à Saint-Quay-Portrieux, la côte des rochers qui nous parlent comme celle des falaises qui nous impressionnent. Son roman est avant tout celui de la limite entre terre et mer, de la limite entre grandeur et résignation, de la limite entre folie et action salvatrice. Son roman est humain, jusqu'au bout de la volonté et de l'action, marin jusqu'au bout et au-delà de la jetée du port de Saint-Quay.
Pierre Pelliard