Vainqueurs et vaincus est un petit essai vivifiant qui a le mérite de nous rappeler à la réalité que nous avons tous tendance à oublier. Comme le rappelle François Heisbourg, la crise a pour effet d'opérer une sélection au profit de ceux qui ont du répondant et qui savent ce qu'ils veulent: "When the going gets tough, the tough get going". Il est d'ores et déjà possible de déceler les vainqueurs et les vaincus de la crise, ceux qui ont renforcé leur position et ceux qui semblent perdre pied. La Chine apparaît a priori come un vainqueur, l'Amérique demeure numéro 1 magré tout, tandis que l'Europe et le Japon font figure de grands éclopés de la crise. François Heisbourg décrit les difficultés du Japon (récession brutale avec une chute très forte du PIB, endettement record à 250% du PIB en 2014,régression au classement du PIB par habitant, extension de la pauvreté, croissance des inégalités, démographie en berne et fort vieillissement de la population avec l'âge médian le plus élevé du monde), pour mieux mettre en garde l'Europe sur ce qui pourrait lui arriver si les tendances actuelles ne sont pas enrayées dans les 10 à 20 ans à venir: "l'un des intérêts du cas japonais est de fournir une sorte d'avant-goût de ce qui pourrait attendre les sociétés européennes au lendemain de la Grande Récession, en l'absence de mesures fortes pour enrayer la logique du déclin et de la dépendance". Pour Heisbourg, l'Europe est à la croisée des chemins. Elle peut encore se ressaisir, mais elle est devant sa dernière fenêtre de tir. Tout en étant peu optimiste sur notre capacité à relever ce défi, l'auteur n'a pas perdu tout espoir.