On en rêvait depuis "La Cité des eaux mouvantes", Mézières et Christin l'ont fait: ramener Valerian à notre époque (enfin, plutôt en 1980) et explorer des phénomènes paranormaux qui pourraient faire croire à une manipulation du continuum spatio-temporel. L'album (en deux parties)a énormément de souffle et Mézières sait donner à la station Châtelet une touche d'irréalité inquiétante (pages 10-12, formidables). Et puis il y a cette poétique Mézières-Christin, présente dans chaque album: ici, c'est la première planche, magnifique -- et cette si jolie phrase pour ouvrir l'album "pourquoi veux-tu que je te parle de toutes ces choses que tu as déjà vues cent fois?". Et Laureline est si belle (pages 4) et les mondes de Mézières plus délirants les uns que les autres. Pourtant, ce qui prime dans cet album, c'est son coté roman noir. Le Paris des auteurs est une ville poisseuse où il pleut tout le temps, où des caves essaient d'interférer avec les recherches de Valérian, où les amis ne sont peut-être pas ceux que l'ont croit; et où les femmes ont décidemment l'air fatale. Avec son imper élimé et sa gueule de bois permanente, Valérian tient plus de Marlowe que de Buck Rogers. Et les périls que l'on sent monter à la fin de l'album ne donnent qu'une seule envie: lire la suite!