Effectivement, ce film est une réussite. Tout d'abord par son rythme : lent; une lenteur toute ordinaire loin d'un certain sensationnalisme, caractérisant, en particulier au travers de biographies de peintres célèbres, certaines productions outre-atlantique, quelques fois française. Evidement, Van Gogh n'est pas Toulouse-Lautrec et l'arrière plan musical caractéristique du Moulin Rouge suintant les éructations perpétuelles de la Goulue n'est pas le calme serein de la campagne française, dont l'artiste a complaisément baigné lors de la fin de sa courte vie. Autre lieu, autre ambiance.
Ici, se sont les regards, les gestes à peine esquissés qui peuvent tenir lieu de dialogues. Et quel Dutronc ! d'une maigreur toute tourmentée, d'une mélancolie toute nordique, il s'est mu avec une déconcertante facilité dans la peau de ce personnage si complêxe qu'était Van Gogh. La scène finale est jouée avec tellement de retenue et de pudeur que la mort de ce grand peintre nous parait d'être d'une folle banalité.
Le talent de Pialat est bien là, nous présenter un peintre écorché à l'hyper-émotivité flagrante et, tel un torrent forçant un mince barrage, l'explosion intérieure est telle, qu'à travers chaque geste, chaque silence, nous pouvons qu'entre appercevoir le malaise profond de ce génie fascinant qu'était Van Gogh.