Encore une fois, à chaque opus de cette intégrale, on ne sait trop par où commencer. Alors signalons d'emblée un miracle, qui mérite à lui seul l'achat de cet enregistrement: les "Etudes sur un thème de Beethoven", précisément jamais enregistrées auparavant, à ma connaissance. Et là, on tombe des nues. Apparemment composées un peu avant les Etudes Symhoniques, on en repère certains germes, puis, encore plus étrange, des "échos" des variations de Brahms sur un thème de Haendel, pourtant bien postérieures. Echos, le mot est faible, car tout ici est chef-d'œuvre, au point de remettre en question la magistrale mécanique du maître de Hambourg - qui d'ailleurs n'a jamais caché son admiration fanatique pour Schumann. Il y a bien d'autres perles inestimables dans cet album - albumblätter op. 124, petites fugues op. 126 et Thème avec variations, ultimes "variations" sur la mort et la folie.
Le Sage impose ici, et plus que jamais, un jeu, une sonorité, une réflexion dont on se détache difficilement. Jamais Schumann n'aura paru si magnétique, hypnotisant.
On pourra certes chipoter sur certains parti-pris - le Carnaval, l'Arabesque, peut-être un rien languissants - mais, dans l'ensemble, qu'il suffise de dire que cette interprétation se hausse au niveau de celle d'Arrau, et la dépasse en maintes occasions: c'est dire l'énormité du testament que nous lègue monsieur Le Sage.