Bien que les Goldberg aient déjà fait l''objet d'une cinquantaine d''enregistrements, Andreas Staier parvient à nous faire découvrir l''œuvre sous un jour nouveau, en usant d''un clavecin aux registres multiples, parmi lesquels figurent entre autres, en plus des jeux habituels, un jeu de luth, un fragile jeu de nasard et un jeu de seize pieds (qui sonne à l''octave inférieur). D''aucuns auront tôt fait de railler les prétentions du grand instrument, ou craindront de retrouver là un des ces Léviathans aphones et bringuebalants dont se servait jadis Wanda Landowska. Préjugés légitimes, mais qui sont balayés à l''écoute : ce clavecin sonne magnifiquement sous toutes ses couleurs, que Staier manie sans en abuser (le seize pieds, par exemple, ne sert qu''à trois occasions) et avec un indéniable à propos. Tantôt, en effet, les registrations accentuent habilement les effets de contrastes ou le dialogue des voix, tantôt au contraire elles éclairent la structure de l''œuvre en créant des parallèles entre variations apparentées. Copie fidèle d''un original allemand construit par le facteur Haas en 1734, l''instrument, d''un modèle peu courant, se trouve ainsi parfaitement en phase avec les ambitieuses Goldberg, elles aussi de conception tout à fait hors normes. Une version passionnante, sensible et virtuose, avec laquelle il faudra désormais compter.