Ici l'Antarctica est abordée de front, sans complexes, ni complexités inutiles, avec un constant souci des atmosphères, fortement différenciées d'un mouvement à l'autre, mais unifiées par un mouvement de marche inexorable. Le premier mouvement, funèbre et concentré, ploie sous une impression de fatalité accablante et de menace inexorable. Le second ose, fait rare, une franche exubérance, vive et scintillante, teinté de grotesque dans l’évocation des animaux de la banquise. Le lento, implacable, résonne de visions fantastiques, en une lente mais inflexible progression vers l'inconnu. L'irruption de l'orgue, à 8'22", est saisissante, prélude à de foudroyants crescendos. D'un lyrisme froid, limpide, très bridé mais intense, l'intermezzo exsude une angoisse oppressante qui mine un discours déjà à l'agonie, avant un finale panique, relevé de derniers sursauts épiques.
La 8ème symphonie, moins connue, fond le romantisme épique de la précédente en une matière raréfiée, énigmatique, souvent archaïsante. Interprétation ici cursive, ambiguë, constamment diaphane, comme naïve, mais remarquablement inventive.
Le son est bien étagé en profondeur, d'une grande finesse.
A noter que les textes que le compositeur a placés en exergue de chaque mouvement de l’Antarctica sont ici, très justement et excellemment, lus en appendice, contrairement au contresens de Previn (RCA) et Boult 1 (Decca)qui les placent avant chaque mouvement, contre la volonté expresse du compositeur qui ne souhaitait pas qu'ils viennent polluer l'exécution musicale.
D'excellentes gravures, donc, à prix très doux. Une aubaine, qui s’inscrit sans difficulté en tête de discographie.