Allier l'urgence du punk et le raffinement et l'élégance de la musique de chambre, le tout au service de textes précis et d'une vision acérée sur la société d'aujourd'hui. Didier Super le peut, en reprenant ses meilleurs morceaux, soit l'intégralité de son premier album lo-fi. Une version pour vieux donc, auxquels est destiné ce visuel très Deutsche Grammophon pour une approche en douceur. Quelques soucis de mise en place pour le keupon Didier, mais malgré une inadéquation intrinsèque au quatuor à cordes et aux instruments à vent (exceptés les effets bucaux dont raffole le compositeur interprète), il rend régulièrement hommage à ses musiciens, en particulier sa flutiste et sa violoniste. Le champs d'investigation est large, de questionnements sur la pertinence d'une religion organisée en Eglise (Le club des Catholiques) à une réflexion sociétale sur la paupérisation des masses laborieuses (Y'en a marre des pauvre) en passant par une mise en abîme de son statut emplie de méta-commentaires sur sa propre démarche artistique (Je veux être une star), allant même jusqu'à des thèmes plus mystiques (On va tous crever). Une batterie très free-rock vient parfois soutenir des arrangements pour la plupart subtils qui soulignent les mélodies (non vraiment) de Super, qui occupe l'espace, tous les espaces vides, avec des remarques, anecdotes et monologues sous forme de spoken-word toujours incisifs. Le punk est là dans l'énergie, dans la rage jetée à la face de la bétise humaine (Ben t'es con), mais Didier se montre aussi un grand humaniste, avec des textes généreux (Y'en a des biens) voir légèrement utopistes pour ne pas dire presque niais (Rêve d'un monde). On passera cependant sur quelques textes un peu en dessous traitant de ses rapports intimes avec la gente féminine, bien que dans le genre, le très concis "Majorette" conclu avec brio cet album ambitieux et globalement brillant.