Le flûtiste à bec Maurice Steger est une recrue majeure pour Harmonia Mundi. Après un Telemann complètement fou, il se met au service de la musique italienne, à la tête d'un ensemble de 13 instrumentistes qui semble être une réunion d'amis probablement formés è l'école bâloise. On est donc en face d'une "folie positive" (cf. la plage 4, Aria sopra la Bergamasca, à deux flûtes à bec, d'Uccellini) qui n'est jamais mordante au point d'être agressive.
Le programme lui'même est conçu pour que même les auditeurs qui ne sont pas des mordus de la flûte à bec puissent éprouver beaucoup de plaisir. Pour augmenter ce plaisir, on sera bien avisé de baisser un peu le volume sonore, car le niveau de gravure est très élevé.
La musique et le programme tel qu'agencé par Steger et son éditeur valent le détour, en préservant des repères utiles à tout un chacun (Improvisation sur la Chaconne de Storace, puis la même fameuse Chaconne vue par Merula). La virevoltante jovialité de Steger est contagieuse, aux comparses puis aux auditeurs. Ce mélange de sérieux et de décontraction c'est aussi le mélange de styles de cette Venise au confluents de deux mondes (fin de la Renaissance et Baroque naissant), exprimée dans une musique souvent flamboyante. Derrière Steger (qui s'approprie ' comme il était de mise ' plusieurs oeuvres pour violon) la panoplie de couleurs déployée par ses amis (amusante dulciane basse dans la Sonate IV de Fontana) contribue au merveilleux distillé par ce disque.
La virtuosité est encore plus belle quand elle n'est pas ostentatoire et narcissique... C'est pour cela, aussi, que ce disque de partage est important.
Artistique 10 / Technique 10 '' Christophe Huss