Ventus est un de ces romans de science-fiction qui exploite avec le plus de brio , d'envergure et de poésie la thématique des nanotechnologies , de l'intelligence artificielle menaçante et de la terra formation . Ce n'est pas un roman sans défauts , mais les quelques impairs que commet l'auteur ( un brillant jeune auteur au moment où Ventus est paru au Canada ) et qui sont d'ordre narratifs , sont discrets en fait et ils ne parviennent pas à rendre ce texte pénible , décevant ou fatigant .
Les personnages sont assez fonctionnels et les descriptions sont excessivement puissantes ( c'est un faible mot ) et elles confèrent énormément de cachet , d'envergure et de solidité à l'univers dangereux et équivoque de cette planète où ce qui est vivant est tout juste toléré et même assez rare au final .
C'est vrai que par exemple , si l'auteur vous parles du ciel dans ce texte , ou bien d'une simple clairière ou encore d'une lande atypique , mystérieuse et déroutante , ce sera fréquemment grandiose et presque le théâtre d'une quasi hiérophanie . D'ailleurs les hiérophanies ne sont pas rares dans ce roman et ce qui est déroutant , c'est qu'elles en sont plus du fait du recours à un certain lexique que du fait de la présence de divinités . D'une certaine façon il y a des puissances partout dans cette nature qui n'en est pas vraiment une . Et qui ? pour tout dire , n'a pas eu l'occasion d'être impressionné devant certaines créations surdimensionnées de l'homme ?
Ces créations qui quelquefois le dépassent au point de le rendre insignifiant devant le produit de sa propre pensée. Dans Ventus les hommes furent des demiurges qui en créèrent d'autres et ceux-là , parcourent désormais les horizons de la planète Ventus , non comme des spectres mais comme les maitres de maison et ils sont bien réels et menaçants ne serait-ce que par leur puissance rendue plus angoissante encore , de par leur apparente et relative indifférence à ce qui est vivant .
Ampleur , ambition , envergure , dimension sont des mots qui caractérisent cet univers et le style de l'auteur confère à ce monde de la grandeur sans être , heureusement, ampoulé ou encore surchargé ou bien tout simplement inapproprié .
Ventus est une planète terra formée par des machines qui ont fini par dérailler ( du moins si on se réfère au projet initial de rendre cette planète habitable par l'homme et pour l'homme ) et sans rendre la planète réellement inhabitable , elles constituent une lourde menace pour tous ce qui est vivant sur Ventrus et même pour le reste des mondes qui sont occupés par des sociétés humaines .
Ventus n'est pas inhabitable mais elle est loin d'être un environnement de tout repos .
Ce qui fait la spécificité de cet univers , c'est cette association entre le thème l'éco-formation et celui de l'émergence d'une conscience chez les agents nanos de la terra-formation , qui matérialisent de manière imprévue mais pas vraiment nouvelle dans l'histoire de cet univers , un embranchement pseudo-vivant potentiellement menaçant et rival de l'humanité .
Cette approche « scientifique « est très pointue et elle constitue selon moi le grand attrait du roman et c'est vraiment époustouflant car cela est animé de diverses façons dans le récit .
Il y a le point de vue du narrateur sur l'histoire de Ventus et sur celle de la civilisation humaine en général , et il y a celui des divers personnages qui ont un bagage culturel suffisamment différencié pour afficher de façons crédibles des différences notables quant à la perception de cette très curieuse planète , curieusement « animée « ou l'herbe peut ne pas être de l'herbe et avoir son propre agenda !
Ventus est un univers fabuleux très ambitieux , très solide du point de vue prospectif et du point de vue ingénierie planétaire avec l'usage symbolique et singulier d'un vocabulaire poétique et grandiose pour ce qui est de nommer les spécifications des différents acteurs technologiques artificiels plus ou moins conscients et plus ou moins complexes qui sont décrit presque à chaque page de ce texte .
Pourtant ce monde est peuplé par des sociétés qui sont loin d'être au niveau technologique de leur planète qui n'en fait qu'a sa tête ( et qui semble se débrouiller très bien toute seule ) ou même du niveau technologique du reste des hommes dans l'espace colonisé par l'homme .
Le fond de l'intrigue est ni plus ni moins d'empêcher la résurrection d'une intelligence artificielle menaçante capable de mettre en péril la sécurité des mondes humains et qui a déjà sévit dans le passé .
Cet enjeu grandiose est examiné par le petit bout de la lorgnette au file du roman . Le lecteur aura peut-être un peu de difficulté à mesurer ces enjeux à cause d'un sens du détail foisonnant principalement dédié à faire de Ventus un univers réel tout en jouant sur les mots par l'usage d'un vocabulaire et de concepts quasi métaphoriques parfois , mais au minimum et souvent , épiques le plus clair du temps .
Le charme de Ventus tient dans le fait que du fait du choix des mots le lecteur aura un peu de difficulté à catégoriser les choses et donc à différencier par exemple ce qui est vivant et ce qui ne l'est pas et il aura de même , du mal à ne pas loger du divin et de la magie , là où il n'y en a pas ..
Un univers de science-fiction absolument intelligent , original et novateur pour tout dire .
PS : Ventus est un cycle ....