Au début des années cinquante, à Mexico City, Maria Callas irradie le Palacio de Bellas Artes de quelques représentations d'Aïda qui feront beaucoup pour sa légende. En 1950 son prodigieux contre-mi bémol final à la fin de la scène du triomphe résonne dans le monde de la musique; elle est alors entourée d'une distribution globalement très moyenne (malgré l'Amnéris de Simionato; citons aussi le Radamès de Kurt Baum). L'année suivante, sous la direction de l'éminent Oliviero de Fabritiis, elle réitère son incarnation spectaculaire avec une distribution plus à la hauteur du phénomène. Cette fois c'est Mario del Monaco qui l'accompagne en héros d'Egypte; qui mieux que le volcanique florentin pouvait rivaliser avec une telle Callas ?! Cette rencontre à elle seule transforme cette Aïda (captée ici le 3 juillet 1951) en un évènement explosif et fiévreux; les deux protagonistes affichent une santé vocale insolente, et rivalisents d'exploits absolument sidérants. Ces deux extra-terrestres bénéficient en outre de l'excellent Amonasro de Giuseppe Taddei, en grande forme lui ausi, et de l'impressionante Amneris de la jeune (24 ans à peine) mezzo mexicaine Oralia Dominguez (celle qui sera plus tard la Erda de Karajan, et qui en 1954 remplacera Callas dans le Requiem de Verdi avec de Sabata, un enregistrement fabuleux avec Schwarzkopf, di Stefano et un inaccessible Siepi; chez EMI References).
L'ensemble nous embarque dans une soirée survoltée, parsemée de scènes incroyables et de prouesses lyriques hallucinantes, dans une atmosphère électrique communicative et un dynamisme absolument irrésistible.
Une représentation entrée à juste titre dans la légende, absolument indispensable à tout amateur d'opéra (et évidemment aux fans de Callas ou del Monaco).
Attention, la qualité d'enregistrement moyenne de cette soirée est juste passable, avec quelques passages très précaires. De nombreuses éditions circulent d'ailleurs de cette soirée mémorable, dont la meilleure (à ma connaissance) est celle-ci, publiée chez EMI en 2003 pour l'édition Maria Callas (mais ne vous attendez pas à des miracles tout de même, certains passages sont vraiment trop endommagés à la source).