La Traviata était certainement le déclic qui m'avait fait aimer l'opéra. Je lui suis toujours restée réconnaissante de m'avoir ouvert ce monde merveilleux. Mais, il y a quelque temps déjà je ne l'aimais plus tant que cela. Trop de mises en scènes poussiéreuses, de Traviatas ayant largement dépassé l'âge de la jeune courtisane et surtout le poids d'une mourante de tuberculose, trop d'Alfredos peu crédibles dans leur amour et passion, trop d'invraisemblances. Quelquefois des voix merveilleuses, et là je pense à Pavarotti, compensaient, mais... J'en était finalement restée à la version filmée de Zefirelli (avec Stratas et Domingo)et ne voulais plus en voir d'autre de peur d'être trop décue. Mais, après avoir assistée à une soirée à l'opéra de Vienne avec Anna Netrebko et Rolando Villazón dans L'Elisir d'Amore j'étais comme toute la salle éblouie et conquise par le charme, le jeu, le charisme et les voix de ces deux jeunes chanteurs. Il fallait donner une autre chance à la Traviata avec ce couple de rêve. Et quelle redécouverte! Quel plaisir! Quelle émotion. Nous étions nombreux à essuyer nos larmes à la fin. Le DVD de cet événement du Festival de Salzbourg 2005 est un miracle. Le cadrage extraordinaire de Brian Large donne des images magnifiques. Anna Netrebko se tire avec tous les honneurs du premier acte et montre toutes ses qualités lyriques et son incroyable jeu de scène dans le deuxième et troisième. Elle reste sur scène entre ces deux actes et se transforme sous nos yeux, sans artifice de maquillage, seulement aidée par un éclairage subtile, de la courtisane avide de vivre en cette tragique Traviata acceptant son sort et sa mort. Et que dire de la fougue de Rolando Villazón, de son jeu qui crêve la rampe, de son ténor chaud et viril, et surtout de cette entente entre les deux, où jamais l'un n'essaie de voler la vedette à l'autre? La mise en scène de Willy Decker laisse à ces chanteurs-acteurs nés toute la place et toutes les possibilités de s'exprimer. Il faut bien sur citer aussi Thomas Hampson en père, un peu trop rigide à mon goût et curieusement "déguisé" mais dont la riche voix fait vite oublier tout cela - et qui donne la gifle la plus réaliste jamais vue sur une scène d'opéra.
A voir et à revoir - un moment merveilleux capté pour toujours par ce dvd!