Cet enregistrement live au Théâtre San Carlo de Lisbonne, le 27 mars 1958, est considéré comme une référence et un document historique. Il s'agit d'une prise de son radio dans des conditions techniques à peu près correctes, sans plus, mettant en valeur avant tout Maria Callas - alors âgée de seulement 35 ans. C'était donc les dernières années de sa plénitude vocale.
On retrouve la voix de Callas, avec son timbre reconnaissable entre tous. On saisit - dès l'Acte I - qu'elle est Violetta, donnant une dimension tragique immédiate à son personnage, déchirée entre désir d'Amour véritable et vie de plaisir. Ceci se perçoit lors de son grand air, à partir de "E strano ! E strano !", puis avec son "Sempre libera". De même lors de son duo avec le personnage d'Alfredo à l'Acte II, au moment où elle sait qu'elle va devoir le quitter, projetant un thème déchirant. Citons enfin sa prestation d'immense tragédienne à l'Acte III, qui nous donne des frissons de compassion pour cette Violetta : à partir de "Teneste la promessa... Addio, del passato".
Aux côtés de Callas, il y a le jeune ténor espagnol Alfredo Kraus, qui lui donne une réplique exemplaire. Pendant leurs duos, les voix se marient harmonieusement : voir le "Parigi, o cara" (Acte III). Ou bien s'affrontent (fin de l'Acte II). Et les airs interprétés par ce grand ténor sont d'une caractérisation confondante, avec ce phrasé aristocratique dont il avait le secret ("Lunga da lei... De' miei bollenti spiriti", au début de l'Acte II).
Ce couple de rêve disposait aussi d'un remarquable Germont père en la personne de Mario Sereni, baryton de haute volée : ainsi, dans "Pura siccome un angelo" (Acte II) ; puis, dans le long duo dramatique Violetta-Giorgio Germont qui suit - tout cela à l'Acte II. Sans oublier l'air très apprécié : "Di Provenza il mar", projeté d'une voix chaude et avec beaucoup de style (Acte II).
L'Orchestre et les Chœurs du Théâtre San Carlo - dirigés par Franco Ghione - sont de très bonne qualité, comme on l'entend bien dès le "Prélude" de l'Acte I (pour le premier) et lors du fameux "Libiamo" de l'Acte I (pour le second). On pourrait aussi citer le "Prélude" de l'Acte III, tragique - au niveau orchestral -, et le passage qui commence par "Noi siamo zingarelle", sur le plan choral (Acte II). Soit - incontestablement - une "Traviata" pour l'éternité.