Unanimement loué à sa sortie (Diapason d'or, entre autres), au début des années 80, cet enregistrement fut ensuite déprécié à l'excès. De nos jours, un point de vue plus équilibré semble partagé. Oui, Scotto, comme souvent, est enregistrée trop tard. L'acte 1 en souffre particulièrement, même si l'incarnation reste convaincante. Lorsque l'ouvrage devient tragique, les réserves tombent et l'on est emporté par la tragédienne. Ses deux partenaires principaux sont enthousiasmants: Kraus sensible et élégant, campe un vrai soupirant au charme irrésistible. Bruson en Germont s'écoute chanter, dit-on... effectivement, nous aussi sommes éblouis par l'ampleur et la richesse de cette voix, qui sait exprimer la menace... mais aussi se faire cajoleuse et manipulatrice à l'acte II, loin des Germont mal dégrossis et sans nuance. Si l'on ajoute à cela la direction superlative, tonique et très contrastée de Muti, avec un orchestre Philharmonia et des choeurs irréprochables, on tient là selon moi l'une des deux références modernes, avec celle de Kleiber, cette dernière peut-être encore plus parfaite mais moins frémissante à mes oreilles. Un excellent choix moderne donc, à côté des incarnations plus anciennes de Callas bien sûr.