Il y avait longtemps que j'avais envie de commenter ce coffret lorsque j'ai appris le décès de Shirley Verrett. La voix de la chanteuse est d'une beauté rare : égale sur toute la tessiture, ronde, veloutée, ornée d'harmoniques opalescentes, et mise en valeur par un chant magnifiquement maîtrisé, qui évite toute dureté, tout problème d'articulation des registres. Tout le contaire d'une Lady Macbeth, en somme. Comment alors peut-elle affronter Callas, Nilsson ou Rysanek ? Par un vrai pouvoir de fascination sonore, allié à un chant certes guère histrionique mais totalement investi, une concentration implicite. Plutôt que de placidité, on peut parler d'un somnambulisme latent bien avant le cinquième acte. C'est grâce au personnage de Verrett que les défauts de Cappuccilli se muent en qualité : doté d'une jolie voix mais peu charismatique, a priori en-deçà du format dramatique propre au "baryton Verdi", sa relative pâleur fait de lui, aux côtés de sa compagne lunaire, un Macbeth trop petit et à la personnalité trop faible pour son trône usurpé. Les autres grands atouts de cette version sont le Macduff de Domingo et, surtout, la direction d'Abbado, qui impose à l'orchestre scaligère une vivacité constante, une précision remarquable, et en tire des ambiances saisissantes en dépit d'une prise de son difficile. Une version prioritaire de Macbeth (qui en 2010 n'en compte que sept en studio).