Cette version fut accusée de germanisme, ce qui lui à value la défiance des critiques notamment les anglo-saxons. Ces mêmes critiques qui encensent les disques verdiens de Karajan, chef non moins teuton que Kubelik (d'autant plus que ce dernier est tchèque !).
Dans le même ordre d'idée, la distribution du rôle titre poserait problème. Le baryton Dietrich Fisher-Dieskeau est un chanteur de tout premier plan, connu pour des interprétations intemporelles allant de Bach, en passant par des lieders, mais aussi pour des rôles chez Wagner (Lohengrin de Kempe et Solti, Mozart (La flûte enchantée de Fricsay) et enfin notre Rigoletto. Etant un fan inconditionnel, je manque sans doute d'objectivité, mais je dois dire que je trouve son interprétation fantastique, nuancée et équilibrée. Certes la tessiture n'est pas aussi basse que la tradition le voudrait pour ce rôle, mais cela ne me gêne pas. Il faut noter aussi qu'il respecte scrupuleusement le texte.
Carlo Bergonzi est tout simplement l'un des meilleurs ténors italiens de tous les temps. Son interprétation est intelligente, pleine d'élégance et de subtilité, sans parler de sa technique irréprochable. Nous n'avons pas là affaire à un vulgaire soudard coureur de jupons, mais bien à un Duc de la race des seigneurs.
Renata Scotto est angélique à souhait sans être mièvre. On la compare souvent à Callas pour mieux dire qu'elle ne l'est pas ! Je réponds oui, et alors ? Callas n'a de surcroîts pas le timbre correspondant au rôle, alors que Scotto parait bien plus en phase avec la jeunesse, la fragilité et l'inexpérience du personnage.
Rafael Kubelik, comme son baryton fait preuve d'équilibre, de nuance et pour tout dire offre une direction originale.
En conclusion, il s'agit de la meilleure version disponible de cette œuvre attachante.