Verdi et Alagna sont deux noms faits pour s'entendre et ravir tous les amateurs d'opéra. En cette année du bicentenaire de la naissance du plus grand compositeur italien, le ténor d'origine sicilienne ne pouvait manquer à la fête. C'est chose faite avec ce récital dont la sortie coïncide avec le spectacle de music-hall
Little Italy en tournée dans toute la France, après ceux de
Musique à la cour de Versailles et
Pasion Live (parus en DVD).
Dans la foulée du
Roberto Alagna Chante Verdi (Virgin Classics) partagé entre les airs d'Alfredo Germont dans
La Traviata (1992) et ceux du Duc de Mantoue dans
Rigoletto (1994), ressort le programme paru initialement sous l'intitulé
Verdi Arias chez EMI en 1998, avant reparution sous sigle DG en 2006 (
Airs de Verdi). Dirigé par la baguette suprême et conjuguée de Claudio Abbado et le Berliner Philharmoniker, le ténor déploie vingt-quatre airs captés en studio. Passé les prémices de bel canto de
Luisa Miller et
I Lombardi en échauffement (nonobstant un superbe
« La Mia Letizia infondere »), la vedette entre dans le coeur de l'action avec les deux airs d'
Aïda (immortel
« Celeste Aïda », l'un de ses chevaux de bravoure), trois d'
Ernani tirés du premier acte et deux du troisième acte du
Bal masqué (dont l'intouchable
« Ma se m'è forza perderti »).
Aussi détaillés, précis et alertes soient cette première partie, c'est dans
Otello qu'Alagna se révèle le plus puissant et le plus poignant des ténors de sa génération avec un somptueux
« Dio! Mi potevi scagliar » et un
« Niun mi tema » de toute beauté. Le ténor est alors au faîte de son art avec une tessiture plus profonde que dans ses premiers enregistrements. Une excellence dont bénéficient les airs suivants de
La Force du destin (splendide
« La Vita è inferno »),
Macbeth (
« Ah, la paterna mano ») et
Jérusalem, en français, avant le feu d'artifice final du
Trouvère dans
« Ah si ben mio » puis
« Di quella pira » avec un bref passage d'Angela Gheorghiu. Au programme initial de vingt-deux sélections (avec l'introduction orchestrale de
La Force du destin, fondue dans la présente édition) s'ajoutent trois nouveaux airs, la fameuse
« Donna e mobile » de
Rigoletto,
« Fontainebleau, forêt immense » de
Don Carlos et
« Ingemisco » du
Requiem, conduits par Antonio Pappano. Du grand art en petites tranches.
Loïc Picaud - Copyright 2013 Music Story