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Vert-de-gris Poche – 9 janvier 2013


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Descriptions du produit

Extrait

Cuba, 1954

«Cet Anglais avec Ernestina, fit-elle remarquer en contemplant la salle luxueusement décorée au-dessous. Il me fait penser à vous, señor Hausner.»
Dona Marina me connaissait aussi bien que quiconque à Cuba, sinon mieux, dans la mesure où nos relations reposaient sur un lien plus solide que la simple amitié : dona Marina tenait le plus important et le plus chic bordel de La Havane.
L'Anglais était grand et voûté, avec des yeux bleu pâle à l'expression lugubre. Il portait une chemise en lin bleue à manches courtes, un pantalon de coton gris et des chaussures noires bien cirées. Il me semblait l'avoir déjà vu quelque part, au bar Floridita ou peut-être dans le hall de l'hôtel Nacional, mais c'est à peine si je lui prêtai attention. M'intéressait davantage la nouvelle chica presque nue, assise sur les genoux de l'Anglais, et qui aspirait des bouffées de la cigarette qu'il était en train de fumer tandis qu'il s'amusait à soupeser ses énormes seins comme on évalue le degré de maturité de deux pamplemousses.
«De quelle façon ?» m'enquis-je avant de me tourner aussitôt vers le grand miroir accroché au mur en me demandant s'il existait réellement des similitudes entre nous à part notre fascination pour les seins d'Ernestina et pour les immenses mamelons sombres qui les ornaient telles de gigantesques patelles.
Le visage qui me retourna mon regard était plus empâté que celui de l'Anglais, avec une couronne de cheveux plus abondante, mais non moins cinquantenaire et entaillé par la vie. Peut-être doña Marina avait-elle l'impression qu'il n'y avait pas que la vie de gravé sur nos deux visages - un chiaroscuro, un clair-obscur de lucidité et de connivence éventuellement, comme si aucun de nous n'avait fait ce qu'il fallait ou, pire encore, comme si nous vivions l'un et l'autre avec un secret honteux.
«Vous avez les mêmes yeux, répondit dona Marina.
- Ah, vous voulez dire bleus, suggérai-je en sachant que ce n'était pas du tout ce qu'elle voulait dire, probablement.
- Non, ce n'est pas ça. Le señor Greene et vous, vous regardez les gens d'une drôle de façon. Comme si vous vouliez voir en eux. Comme un spirite. Ou un policier. Vous avez tous les deux des regards extrêmement incisifs, qui semblent transpercer les autres de part en part. C'est très intimidant.»
Il était difficile d'imaginer que qui ou quoi que ce soit puisse intimider doña Marina. Elle avait toujours l'air aussi détendue qu'un iguane sur un rocher chauffé par le soleil.
«Le señor Greene, hein ?»
Que doña Marina l'ait appelé par son nom n'avait rien pour me surprendre. La Casa Marina n'était pas le genre d'établissement où l'on se sent obligé d'utiliser un faux nom. Vous n'aviez besoin de recommandation que pour franchir la porte d'entrée.
«C'est peut-être un policier, effectivement. Avec d'aussi grands pieds, ça ne m'étonnerait pas le moins du monde.
- Il est écrivain.
- Quel genre ?
- Romans. Westerns, je crois. Il m'a dit qu'il écrivait sous le nom de Buck Dexter.
- Jamais entendu parler. Il habite Cuba ?
- Non, il vit à Londres. Mais il ne manque jamais de nous rendre visite quand il est à La Havane.
- Un voyageur, c'est ça ?
- Oui. Apparemment, cette fois, il fait route vers Haïti.» Elle sourit. «Vous ne voyez toujours pas la ressemblance ?

Revue de presse

Comment ne pas accrocher à une intrigue qui démarre, à la façon d'un roman de Graham Greene, dans le plus chic bordel de La Havane, en 1954, et s'achève quelques mois plus tard à Berlin-Est, comme dans un livre de John le Carré ?...
Philip Kerr ne déroge pas aux règles qui ont assuré le succès d'une série démarrée au début des années 1990 avec La Trilogie berlinoise : entremêler réalité et fiction dans un cocktail de rigueur historique, d'obsession du détail, de roman noir et d'humour...
Toujours est-il que, grâce à ses incessants va-et-vient entre réalité et fiction, Philip Kerr réussit cette fois-ci le tour de force de nous donner à voir de l'intérieur la période la plus sombre de la Guerre Froide. (Yann Plougastel - Le Monde du 14 février 2013)



Détails sur le produit

  • Poche: 450 pages
  • Editeur : Le Masque (9 janvier 2013)
  • Collection : Grands Formats
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2702436358
  • ISBN-13: 978-2702436356
  • Dimensions du produit: 15 x 3 x 23 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.9 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (43 commentaires client)
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17 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile  Par Triste Bretagne le 7 avril 2013
Format: Poche
Lectrice compulsive, marathonienne de la lecture le week-end, je peux lire dix heures sans m'arrêter mais ce samedi j'ai craqué à la septième heure à bout de souffle, c'est à dire une fois arrivée à "la prison de la Santé". Pourtant, j'adore les polars, les leçons d'histoire, les romans d'espionnage, et Philip Kerr en particulier. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour une journée haletante. Ce n'est pas le voyage dans le temps et l'espace qui m'a essoufflée mais les tribulations "hautement cérébrales" de notre cher héros, Bernie Gunther, pour déjouer les manipulations "pitoyables" des services secrets américains et français à son encontre. Le fil directeur ténu de ce roman, le personnage réel Erich Mielke, et l'invraisemblable tournure des événements les cent dernières pages, ont finalement cassé le rythme soutenu de ma lecture. J'ai donc triché en prenant quelques raccourcis, la diagonale, pour vaincre ce parcours laborieux. Frustrée, j'ai regardé le film "La taupe", adapté du roman d'espionnage de John le Carré, excellent! (je ne renonce pas pour autant au futur roman de P.Kerr)
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22 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile  Par Joachim TOP 500 COMMENTATEURS le 9 janvier 2013
Format: Poche
Ce nouveau volet des aventures de Bernie Gunther me laisse quelque peu circonspect, quand bien même c'est toujours un vrai bonheur de retrouver ce personnage atypique.
Beaucoup d'impressions se percutent pour juger le roman : c'est dense tout en semblant fouilli ; ca parait plus poussé que les précédents et pourtant on a cette sensation que cela part dans tous les sens sans arriver à savoir où l'on va ni à trouver un vrai attachement à l'enquête ; c'est incroyablement documenté mais on a plus tendance à se perdre et à ne pas avoir un bon rythme de lecture ; bref il se passe plein d'événements et on voyage beaucoup dans le temps et dans l'espace mais au final on ne peut que se dire que Philip Kerr a désormais épuisé son sujet, et j'en suis le premier frustré.
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile  Par Eric Blair TOP 1000 COMMENTATEURSVOIX VINE le 21 avril 2014
Format: Format Kindle
L'ouvrage s'inscrit dans la continuité des précédents et ne décevra pas les habitués des enquêtes de Bernie Gunther. Tout juste faudra-t-il être particulièrement crédule pour avaler l'intrigue, qui balade le héros de Cuba à Berlin en passant par les USA et de nombreux services secrets.

Il n'en reste pas moins que Kerr ne sacrifie pas que la vraisemblance à l'intrigue, il tord aussi la réalité historique.

Deux aspects particulièrement frappants méritent d'être ici soulignés. Le plus invraisemblable est le personnage de Heydrich, grand exécuteur nazi, particulièrement accommodant avec Gunther, qui du reste plaisante à sa manière désabusée et caustique avec lui ! Il y a ensuite la description de camps d'internement français, comparés aux camps de concentration allemands. Cela améliore probablement l'intrigue, mais c'est faux. Ce n'était pas des équivalents de Dachau, les gardiens n'étaient pas des sadiques armés de cravache ou de fouet, les prisonniers n'étaient pas des häftling chaussés de « galoches »... Voilà ce que dit du camp du Vernet A. Koestler, qui y a séjourné et qui est une des références de l'auteur : "In liberal-centigrade, Vernet was the zeo-point of infamy; measured in Dachau-farenheit it was still 32 degrees above zero. In Vernet beating-up was a daily occurrence; in Dachau it was prolonged until death unsued. In Vernet people were killed for lack of medical attention; in Dachau they were killed on purpose...
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7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile  Par ecce.om TOP 50 COMMENTATEURS le 10 avril 2014
Format: Poche
Voici la 7ème "aventure" de Bernie Gunther, l'ex-flic de la Kripo berlinoise.
Son parcours l'avait déjà conduit d'Allemagne à Cuba, en passant par l'Argentine, entraîné dans la tourmente de la débâcle allemande, tour à tour flic, soldat, SS, mafieux...

Cette fois ci, des circonstances imprévues l'éloignent des Mojitos et autres Cuba Libre et lui font reprendre contact avec le sol de l'amère patrie.

Là, il se retrouve entre les mains des différents réseaux d'espionnage qui se partagent les places dans la Gross Berlin. Chaque pays tour à tour, va essayer de le manipuler.
C'est mal connaître Gunther, qui ne se laisse pas facilement abuser et qui sait aussi, jouer à faire semblant.

Le roman est bâti sur une série d'histoires racontées lors des différents interrogatoires auxquels Gunther est soumis. On revient ainsi sur certaines étapes de son parcours, avec des détails pour la plupart ignorés jusque là du lecteur fidèle. Je pense notamment à ses excursions aux camps français de Gurs et du Vernet ou aux séjours avec ses collègues à l'air SS, en Russie.

Cette revue de détails, ces retours en arrière réservent sans doute ce livre à ceux qui sont déjà familiarisés avec le parcours du "héros".

Sous cette réserve, je trouve qu'il s'agit du meilleur roman de la saga Bernie Gunther entamée avec la "Trilogie berlinoise".
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