Tout est liste ! Décrire (écrire, peindre), c'est énumérer. La pensée, quand elle ne s'appuie pas sur l'analogie, ne peut être que l'inverse de celle-ci : le catalogue, c'est, ' étymologiquement, le logos qui descend (quand l'analogue est le logos qui s'élève ; confère le Mont Analogue, de René Daumal).
Mais, contrairement, à ce que pourrait faire croire cette introduction quelque peu pédante, rien d'ennuyeux dans le livre d'Eco. C'est un régal pour les yeux (de merveilleuses illustrations) et pour l'esprit : à bien y regarder, la littérature et la peinture fourmillent d'inventaires (et pas seulement à la Prévert), un exercice auquel se sont adonnés les plus grands (Borges, bien sûr, mais aussi Bacon, Calvino, Cendrars, Cervantes, Dante, Dickens, Éluard, Gadda, Gautier, Goethe, Homère, Hugo, Huysmans, Joyce, Kipling, Lautréamont, Mann, Neruda, Perec, Poe, Proust, Pynchon, Rabelais, Rimbaud, Rostand, Shakespeare, Twain, Villon, Whitman, Wilde ou Zola, pour ne citer que quelques littérateurs').
L'intelligence du propos d'Eco, la variété et la qualité des citations, la beauté du papier glacé et des reproductions font de cet ouvrage un objet qu'on ne lâche pas de sitôt et que l'on reprend souvent après l'avoir lu, ne serait-ce que pour le faire connaître à ses amis chers :'' à laisser sur la table basse du salon'