Les vêpres de Monteverdi datent de 1610, dans les dernières années de son séjour à Mantoue et peu avant son installation à Venise, trois ans après l'Orfeo. Le caractère formidablement novateur de Monteverdi, qui marque le passage de la Renaissance au baroque, y est affirmé. Je ne connais pas (encore) la version plus récente de Jordi Savall, mais celle-ci, enregistrée dès 1972/1974 par John Eliot Gardiner et régulièrement rééditée, est très puissante; choeurs, chanteurs et cuivres y sont remarquables. Un CD essentiel, qui plus est disponible à prix très réduit. (En couverture, la merveilleuse vierge en prière du Sassoferato qui se trouve à la National Gallery de Londres (Nota: on admire un autre exemplaire à Rome au palais Doria-Pamphili... quel est l'original??) ; comme elle a l'air douce! La Madone sourit et pardonnera sûrement le très léger anachronisme que voici: le Sassoferato (Giovanni Battista Salvi) est né en 1609, un an avant la parution des vêpres, et ne devait pas encore savoir aussi bien peindre bien qu'il fût doué). Monteverdi, originaire de Crémone, s'est d'abord illustré à la cour des Gonzague à Mantoue (actuellement en Lombardie) avant de gagner Venise; il est à peu près contemporain du ferrarais Girolamo Frescobaldi (1583 - 1643) également cité comme un des maîtres de la naissance du premier baroque. Ferrare (en Emilie) n'est pas éloignée de Mantoue ni de Venise; cette même région du nord-est de l'Italie a été remarquablement productive à cette période. Enfin, les liens de l'un et de l'autre (Monteverdi et Frescobaldi) avec la Flandre, leurs influences réciproques avec les musiciens du nord, sont établis de façon certaine (c'est à Bruxelles et à Anvers que Frescobaldi a publié en 1607 ses premiers madrigaux). Il en est donc des musiciens comme des peintres pour lesquels les liens, les échanges, entre Italie et Flandres sont intimes dès la brillante cour de Bourgogne. Mais une évidence s'impose: du 14ième siècle jusqu'au début du 17ième, toutes les innovations ou presque nous viennent d'Italie! (musique, peinture, architecture, jardins, sciences, médecine, astronomie...). Il n'est pas étonnant qu'on ait appelé Renaissance ce formidable bouillonnement intellectuel, philosophique et artistique qui a donné durablement un bon siècle d'avance à l'Italie: celle-ci est à l'heure de la Renaissance quand nous en sommes encore aux temps médiévaux et invente déjà le baroque quand le reste de l'Europe s'est à son tour mis à la renaissance.