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Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient) est sans doute le meilleur album de Noir Désir. Sorti en 1989, il a rendu célèbre le groupe bordelais avec "Aux sombres héros de l'amer" passé et repassé sur toutes les ondes. Mais, comme tous les tubes, ce titre a occulté le reste de l'album qui mérite ô combien d'attention. On y retrouve ce qui constitue l'essence du groupe : les textes riches en images et en figures de style, la voix de Bertrand Cantat (qui commence à s'érailler), les musiques qui soutiennent si bien les paroles (et qui leur apportent beaucoup), l'ordre des chansons très réfléchi, et surtout l'atmosphère si particulière. Manque encore peut-être l'engagement politique qui ne tardera pas avec
Du ciment sous les plaines. Deux chansons sont reprises sur l'album de remix
One Trip One Noise : "À l'arrière des taxis" et "Le Fleuve", dont l'univers lourd et fangeux a été poussé à son paroxysme. Rien n'a vieilli dans cet album, rien ne lasse.
--Claire Galante
Critique
Sombre, grave et torturé, le premier album de Noir Désir (
Où veux-tu qu'je regarde était un EP) tient les promesses annoncées par la pochette au titre funèbre et à la photo angoissante. Du suicide au meurtre, de l’insomnie à la fuite du temps, les thèmes développés par Bertrand Cantat frappent par leur noirceur. Les morceaux tendus ou énergiques sont portés par des textes poétiques et morbides loin des diatribes politiques avec lesquelles Noir Désir explosera médiatiquement. Derrière la console, Ian Broudie, producteur phare des années 1980, est à l’origine de l’album le plus pop du quatuor bordelais. Subtil mélange entre la finesse des mélodies et l’âpreté du rock,
Veuillez rendre l’âme marque la naissance d’un des groupes rock les plus intéressant de l’hexagone. Au fil de l’écoute, la marque Noir Désir prend forme : batterie métronomique, basse frénétique, guitare totalement émancipée et paroles tourmentées crachées avec rage («
A l’arrière des taxis»,
«What I need»,
«La chaleur»,
«Les écorchés»). Les chansons aux rythmes plus lents ne sont pas en reste (
«Le fleuve» ,
«The wound»). Car déjà la voix de Cantat impressionne. Avec
«Sweet Mary» servie par un piano lancinant, le chanteur donne toute la mesure de son talent. Et comme pour mieux explorer la complexité de ses personnages, l’interprète, dont les prouesses ne se limitent pas à sa technique vocale, manie les diptyques :
«Sweet Mary» devient Marie dans
«La chaleur», puis le suicide imminent de
«Joey I» précède la ballade parmi les morts de
«Joey II». C’est avec le single
«Aux sombres héros de l’amer» que Noir Désir rencontre le grand public. Ce premier tube, dont le sens a été mal compris, hante le groupe qui le retire de son répertoire. Contrairement aux apparences, il ne s’agit pas d’une chanson à boire ou de marin mais d’une métaphore de la vie. La carrière indépendante et sans concessions de Noir Désir découle de cette médiatisation brutale et inappropriée.
Anthony Triaureau - Copyright 2012 Music Story