A Londres, en 1960, un maître chanteur extorque de l'argent à des homosexuels en menaçant de révéler leur secret, photos ou lettres à l'appui. Le suicide de l'une des victimes amène l'avocat Melville Farr (Dirk Bogarde), lui-même homosexuel refoulé, à traquer le maître chanteur, au risque d'y laisser carrière et vie de famille.
En tant que divertissement,
Victim n'est pas ce qu'on fait de mieux : les 10 premières minutes sont trop énigmatiques, la musique se subit du début à la fin et certaines scènes mélodramatiques ont pris de sérieuses rides. Une fois replacé dans son contexte, c'est autre chose. En 1961, alors que l'homosexualité était encore passible de prison en Grande Bretagne, le terme lui-même n'avait jamais été employé à l'écran. Voici que sort un film où non seulement des hommes se déclarent homosexuels mais où en plus ils demandent l'abrogation de la loi qui les condamne. Bien sûr ce propos est atténué par toutes sortes de concessions ("Je me rends compte que je suis anormal", "Il faut préserver la jeunesse", "Je n'ai jamais dévoyé de personne normale") qui risquent de hérisser les moralistes bas-du-front de la cause homo, mais à l'époque ce sont les conservateurs qui grinçaient des dents.
Un film intéressant, à l'engagement visible, peut-être trop, qui permet de mesurer moins de 50 ans plus tard les progrès accomplis par nos sociétés occidentales. Détail curieux toutefois : si vous regardez bien la jaquette, vous verrez que le film est déconseillé aux moins de 12 ans (comme
Seven ou
Basic Instinct par exemple), or on atteint ici le maximum de la violence avec un coup de poing tandis que la scène la plus érotique est due à un baiser échangé entre Melville Farr et son épouse.