Black Edwards est un des plus fameux réalisateurs américain de comédies. Tantôt adepte du burlesque débridé dans la série des PANTHERE ROSE
Quand la panthère rose s'en mêle ou THE PARTY, ou récemment encore BOIRE ET DEBOIRES avec Bruce Willis, tantôt dans un style plus sophistiquée, comme DIAMANTS SUR CANAPE, ou VICTOR VICTORIA.
Réalisé en 1982, ce film est le remake de VIKTOR VIKTORIA, comédie allemande de 1933. L'histoire est celle de Victoria Grant, chanteuse sans travail, poussée par son ami Caroll Todd de se faire passer pour un homme qui se ferait passer pour une femme... André Cassel, imprésario renommé, séduit par son numéro de travesti, propulse Victoria/Victor en haut de l'affiche...
Cette idée de départ, sur le papier, peut faire craindre le pire. Mais Black Edwards, très inspiré par Ernst Lubitsch, ou par George Cukor, parvient à traiter ce sujet avec beaucoup de tact, d'humour, et d'esprit. Il est question de sexe, d'identité sexuelle, d'homosexualité, de travestissement, pendant deux heures, sans que jamais aucune scène ne sombre dans le scabreux. Black Edwards mêle le vaudeville sophistiqué dans le Paris des années 30, à la comédie musicale, au burlesque pur. On retrouve intact son génie du gag absurde, avec ce personnage de détective privé malchanceux, cousin éloigné de Clouzot. Eblouissant aussi ces scènes de bagarre générale (Edwards ne peut pas s'empêcher de détruire ses décors, notamment les pianos !). Magnifique scène au restaurant, avec dialogue surréaliste entre Victoria et le serveur blasé, qui se termine en carnage, intelligemment filmé depuis la rue, en plan fixe, comme au temps du muet.
Les dialogues pétillent de finesse, comme cet échange entre le viril King Marchan (James Garner) et Victor. Il l'embrasse à pleine bouche, en lui disant :"ça m'est égal que tu sois un homme". Victor/Victoria répond : "mais je ne suis pas vraiment un homme". Et King conclut : "ça aussi ça m'est égal" et l'embrasse à nouveau. (Cela nous rappelle le "nobody's perfect" à la fin de CERTAINS L'AIMENT CHAUD). En fait, nous avons deux personnages, contraints de tricher pour survivre (lui est un gangster américain), qui se trouvent l'un et l'autre, faisant fi des conventions, et de leurs identités sexuelles. Saluons évidemment la performance de Julie Andrew (épouse de Edwards à la ville) qui tient le film sur ses épaules, grande actrice comique, doublée d'une chanteuse et danseuse remarquable. Elle a d'ailleurs jouée le rôle sur les planches de Broadway.
VICTOR VICTORIA est un film dont on ne se lasse pas, sans doute la dernière grande réalisation de son auteur, qui rend hommage à la Femme, au théâtre, au spectacle, aux artistes, dans un ballet savamment dosé de chansons, entrechats et de gags.