Videodrome (1983) est une oeuvre charnière dans l'oeuvre toujours passionnante, toujours renouvelée, toujours stimulante de David Cronenberg. Sont encore visibles les scories des oeuvres fauchées et marginales des années 1970 ; s'annoncent déjà la belle amplitude de mise en scène et le regard décalé et prophétique des oeuvres ultérieures. Ici, Max Renn (James Woods) est un producteur de TV en quête d'images fortes. Il capte par hasard ce qu'on appellerait aujourd'hui des snuff movies, scènes hyper-réalistes de tortures et de mutilations, et se met en quête de l'orgine de ces cassettes, qui seraient produites par uns société baptisée Videodrome. Mais il découvre vite la nature perverse du Videodrome : ces cassettes ne se bornent pas à montrer la violence mais la suscitent et l'orientent. Le spectateur est un cobaye. Mais dans quel but ?
Evidemment, 30 ans après, la prescience de Cronenberg est sidérante : la téléréalité, la fusion du réel et du virtuel, la fusion de l'homme et de la machine, la pornographie des sentiments et des pulsions encouragée par le monde parall-le du numérique ou du virtuel ... Tout est dit et annoncé par le prophète canadien, dont la cohérence de l'univers n'est pas la moindre des qualités. On admirera aussi la sécheresse de la narration et le contraste brutal qu'organise la mise en scène entre les effets grand-guignols (le ventre qui s'ouvre pour accueillir la VHS, l'image qui sort de l'écran, le pistolet de chair) et le cadre glacé des quartiers industriels.