Les 12 Césars ont régné à une période charnière de l'histoire romaine : grandes conquêtes et mise en place des conditions pour l'apogée de la puissance de l'empire (Jules, Auguste : 49BC-14AD) - conditions qui recèlent en même temps les germes du déclin ; apogée (Tibère, Caligula, Claude, Néron : 14AD-68AD), premiers soubresauts (Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus, Domitien : 68AD-96AD).
On commence donc par Jules César, sur qui on en apprend de belles (il aurait servi de mignon au roi de Bythinie dans sa jeunesse, et nombreux étaient ceux qui se moquaient de lui en mettant en cause sa virilité : ainsi, un sénateur répondant à Jules César affirmant pouvoir "marcher sur leurs têtes à tous" que "cela ne serait pas facile à une femme", ou Curion le père l'appelant "le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris". Comme quoi le respect de l'autorité, c'était déjà pas trop ça.
Suétone, ou l'histoire par le petit bout de la lorgnette ? Oui, il a manqué de recul, ne donne pas de vue d'ensemble du mouvement qui anime l'empire (il est amusant au passage de l'entendre parler de Jésus en déformant son nom : « Comme les Juifs se soulevaient continuellement, à l'instigation d'un certain Chrestos, il [Claude] les chassa de Rome »), préférant les détails scabreux et les histoires scandaleuses, mais a pu aussi de cette façon montrer que mêmes les grands hommes sont humains (très humains, voire trop humains).
Suétone a choisi de présenter les vies de chaque César en suivant une même structure : généalogie (Suétone donne beaucoup d'importance à l'hérédité), histoire rapide du règne, portrait moral puis physique (c'est-à-dire souvent description des vices et des déchéances physiques du César, considérant que l'aspect physique explique bien des vices ou vertus). On aurait apprécié que les chronologies des règnes de chacun des Césars soient précisées avant la fin de l'ouvrage, pour mieux situer quelques-uns des moins connus, et surtout mettre en perspective les différences frappantes de durées de règnes, qui ne sont pas toujours reflétées dans la durée des chapitres qui leurs sont consacrés.
Bref, lire Suétone est parfois drôle (« Pendant qu'il [Néron] chantait, il n'était pas permis de sortir du théâtre [...] aussi certaines personnes se firent emporter en feignant d'être mortes. ») et souvent rafraîchissant, pour la petite (la vie quotidienne de ces empereurs dont on n'a généralement qu'une représentation très partielle) et la grande histoire, mais surtout pour la petite.