La Vie est belle arrive un peu tard dans l'oeuvre de Capra, et l'époque ne se prête plus aux comédies douces-amères mâtinées de satire sociale, sur fond de profession de foi en ce qui fonde les valeurs profondes du pays. Mr Smith est loin du Sénat. Il y a eu la guerre. L'Amérique de 1948 n'est plus celle des années 30. James Stewart joue ici ce qu'il ne fut justement pas pendant le conflit. Il rate sa vie en laissant son frère se couvrir de gloire. Lui gardera l'épicerie familiale...bien proche de la droguerie de la jeunesse de l'acteur dans l'Indiana.
Aujourd'hui, le film est à juste titre l'un des plus emblématiques du duo. Capra transcende son sujet en y insufflant la vie, celle de tous les jours, la conscience du temps qui passe, la beauté de la fragilité, la foi en l'humain, en la simplicité. Ce qui pourrait relever de l'esprit boy-scout devient un hymne à la vie, qui n'éludera pas sa noirceur, mais la terrassera grâce à un ange...qui aura su mériter ses ailes. De la poésie en action. Et l'action de la poésie.
Deux ans plus tard, James Stewart entre en "western", chez Mann et Daves. Là, il exprimera au plus haut le nouveau comédien, le nouvel homme que la guerre aura fait de lui ...jusqu'à la plénitude fordienne, synthèse d'une immense carrière.
Reste que son dernier film avec Frank Capra est à marquer d'une pierre blanche. A mon avis un rôle plus fort et authentique que ce qu'il fera avec Hitchcock (qui n'est pas rien!). La quintessence du Jimmy d'avant-guerre, plus une maturité, une distance, qui ne pouvaient qu'attendre l'expérience de l'interruption guerrière pour advenir...